En bon cofondateur à la fois de L'Association et de l'Oubapo, cet "Ouvroir de bande dessinée potentielle" qui n'aime rien moins que les contraintes artistiques volontaires, Lewis Trondheim adore se lancer des défis narratifs ou graphiques, surtout lorsqu'il évolue dans l'univers de Lapinot, son double de papier. " Lapinot, c'est moi il y a dix ou ...

En bon cofondateur à la fois de L'Association et de l'Oubapo, cet "Ouvroir de bande dessinée potentielle" qui n'aime rien moins que les contraintes artistiques volontaires, Lewis Trondheim adore se lancer des défis narratifs ou graphiques, surtout lorsqu'il évolue dans l'univers de Lapinot, son double de papier. " Lapinot, c'est moi il y a dix ou quinze ans: il est touché par des trucs sur lesquels il n'a pas prise, un point de vue de boy-scout qui l'épuise et épuise les autres", nous expliquait l'auteur voici trois ans, au moment de ressusciter, dans de "nouvelles aventures", son lapin laissé pour mort quelques années plus tôt. Des contraintes, donc: si le tome 2, Les Herbes folles, se présentait dans un format à l'italienne comme une suite de 365 dessins muets, réalisés en un an à raison d'un par jour, ce tome 4, Un peu d'amour, se veut une suite de 125 strips, commençant dès la couverture et formant une histoire complète -la relation haine et amour que va vivre Lapinot avec Camille la bibliothécaire, en parallèle à sa rencontre avec un sans-abri fou de littérature, presque aussi cynique que son (excellent) copain Richard. Mais des strips se suffisent aussi à eux-mêmes, proposant le début, le milieu et la fin d'un gag ou d'une mini-intrigue en trois ou quatre cases. Lesquels, donc, en raccrochant les wagons, forment un récit complet. Le résultat, forcément inégal et haché malgré le talent et les fulgurances de Trondheim, s'avère cette fois plus amusant dans sa mécanique que passionnant dans son contenu -et finalement un peu léger pour un format "48cc" habitué aux planches à quatre strips réduits ici à trois. Un peu plus d'amour encore eut peut-être été bienvenu.