Si en prenant de l'âge, le rock s'est forcément assagi, ce n'est pas forcément pour le pire. Bowie est ainsi un bon exemple d'artiste capable de se relancer régulièrement. Il n'est pas le seul dans ce cas. Respectés, admirés, ils sont quelques-uns à former une sorte d'intelligentsia du rock, "influenceurs", dont chaque sortie médiatique est commentée. Auteurs de parcours quasi sans faute, ils ont eu le bon goût de se remettre régulièrement en question. Des "vaches sacrées" dans un genre qui a longtemps promis de les déboulonner. Exemples.
...

Si en prenant de l'âge, le rock s'est forcément assagi, ce n'est pas forcément pour le pire. Bowie est ainsi un bon exemple d'artiste capable de se relancer régulièrement. Il n'est pas le seul dans ce cas. Respectés, admirés, ils sont quelques-uns à former une sorte d'intelligentsia du rock, "influenceurs", dont chaque sortie médiatique est commentée. Auteurs de parcours quasi sans faute, ils ont eu le bon goût de se remettre régulièrement en question. Des "vaches sacrées" dans un genre qui a longtemps promis de les déboulonner. Exemples. Son nom complet suffirait à le distinguer: Brian Peter George St. John le Baptiste de la Salle Eno. Démarrant sa carrière au sein de Roxy Music, flamboyant combo glam rock mené par Bryan Ferry, Eno n'aura de cesse d'expérimenter. Considéré comme le pape de l'ambient, composant plusieurs oeuvres essentielles dans le courant des années 70, il a su aussi bien théoriser sa pratique (ses "stratégies obliques" utilisées par de nombreux groupes en panne d'inspiration) que mouiller le maillot dans de gros blockbusters, que ce soit chez U2 ou Coldplay... Héros new wave/post-punk eighties, les Talking Heads ont toujours frayé à la fois avec l'avant-garde et la piste de danse, l'expérimentation et les tubes (Once in a Lifetime, Nowhere to Run...). A leur tête, David Byrne a pratiqué ce même genre de grand écart dans sa carrière solo, capable de défricher les nouvelles techniques de sampling (My Life in the Bush of Ghosts, en 1981, avec... Brian Eno), de lancer un label world music (Luaka Bop), ou de pondre des livres sur sa pratique du vélo en ville (avant même que cela ne devienne un effet de mode). En 2012, il a également sorti How Music Works, ouvrage mi-théorique mi-autobiographique à propos de sa passion pour la musique, livre devenu aujourd'hui une référence. Une femme quand même. Ou plutôt une icône: Patti Smith. Pour toujours et à jamais, l'Américaine est l'image même d'un rock féminin et rebelle, punk baudelairienne dont la flamme reste toujours intacte. Quand les Eagles of Death Metal rejoignent par exemple U2 sur scène à Paris, pour la première fois après le massacre du Bataclan, c'est pour chanter People Have the Power, titre "smithien" tiré de son album Dream of Life (1988). Auteur de dessins, photos, installations, Patti Smith a aussi recueilli un joli succès avec son livre Just Kids, autobiographie couronnée du National Book Awards. Si elle a passé ces derniers mois à célébrer les 30 ans de Horses, son premier LP, elle a encore sorti en 2012 l'album Banga toujours aussi habité. Le moins connu des quatre n'en reste pas moins une éminence dans le rock business. Fondateur (et unique membre) de l'éphémère projet postpunk The Normal (le tube underground Warm Leatherette), Daniel Miller a marqué les esprits en lançant le label Mute. Signant des groupes comme Fad Gadget, Erasure ou Depeche Mode, DAF... Miller a contribué, avec d'autres (comme Geoff Travis avec Rough Trade, Ivo Watts-Russell avec 4AD, ou plus tard Richard Russell avec XL), à l'idée même de label indé. Aujourd'hui encore, il tient les rênes d'une maison de disques qui continue d'attirer anciens (New Order) et nouveaux (le producteur vénézuélien Arca). L.H.