Septième long métrage d'Albert Dupontel, Adieu les cons a connu un parcours chahuté: sorti en salles en octobre dernier, le film allait voir sa carrière aussitôt interrompue par le second confinement, ne réapparaissant sur les écrans qu'à la réouverture des cinémas, de trop longs mois plus tard. Ce qui ne l'a pas empêché de dépasser allègrement le million de spectateurs en France, non sans glaner sept César, parmi lesquels ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. L'auteur de Bernie et Neuf mois ferme s'y montre particulièrement inspiré il est vrai, signant, autour de t...

Septième long métrage d'Albert Dupontel, Adieu les cons a connu un parcours chahuté: sorti en salles en octobre dernier, le film allait voir sa carrière aussitôt interrompue par le second confinement, ne réapparaissant sur les écrans qu'à la réouverture des cinémas, de trop longs mois plus tard. Ce qui ne l'a pas empêché de dépasser allègrement le million de spectateurs en France, non sans glaner sept César, parmi lesquels ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur. L'auteur de Bernie et Neuf mois ferme s'y montre particulièrement inspiré il est vrai, signant, autour de trois personnages largués, une fable sociale qui croque avec une verve jubilatoire un monde en passe accélérée de déshumanisation. Soit Suze Trappet (Virginie Efira, épatante), une coiffeuse dans la quarantaine à qui son médecin (Bouli Lanners) annonce que l'inhalation massive de laque ne lui laisse que fort peu de temps à vivre. Et qui décide de retrouver l'enfant qu'elle avait été contrainte d'abandonner à l'âge de quinze ans. Une entreprise hautement hasardeuse dans laquelle elle va recevoir le concours (un peu forcé) de Jean-Baptiste Cuchaz (Albert Dupontel, parfait), fonctionnaire au ministère de l'Intérieur et as de l'informatique que le mépris de sa hiérarchie couplé au jeunisme ambiant ont poussé vers la dépression et le suicide. Improbable duo de solitudes bientôt rejoint par un troisième larron, Monsieur Blin (Nicolas Marié, impayable), un archiviste qu'une bavure policière a laissé aveugle. Et de se lancer à la recherche de l'enfant, les forces de l'ordre aux trousses... " Pour Adieu les cons , je suis parti de deux combles, nous expliquait Albert Dupontel lors de la sortie du film: qu'est-ce qui se passerait si quelqu'un qui voudrait vivre mais ne peut plus rencontrait quelqu'un qui peut vivre mais ne veut plus. Une femme débordant d'enthousiasme et d'amour, mais qui l'a un peu oublié pour s'inscrire dans l'insertion professionnelle sous la pression sociétale rencontre un dépressif qui est une victime sans le savoir. À quoi j'ai rajouté un personnage "brazilien" par excellence, et l'absurdité et l'aberration administrative, à peine exagérées." Les composantes d'une comédie burlesque de haut vol, le réalisateur laissant libre cours à son imagination pour livrer une vision amplifiée d'une société dont il épingle les dérives avec un humour (noir) rarement pris en défaut, tout en veillant à ménager un espace pour la poésie et l'émotion, qu'un final teinté de romantisme désespéré porte à incandescence. Une franche réussite qui, si elle s'inscrit dans le droit fil d'un parcours entamé avec Bernie, n'en vient pas moins démontrer qu'Albert Dupontel n'a pas fini de nous surprendre. Pas de bonus, mais le film, foisonnant, se prête à de nombreuses visions.