James Foley a connu ce qu'il convient d'appeler un parcours en dents de scie, se signalant, à la fin des années 80 et à l'orée des années 90, par quelques films néo-noirs de fort estimable facture ( At Close Range, bien sûr, mais aussi After Dark, My Sweet, d'après Jim Thompson), mais aussi Glengarry Glen Ross et la composition d'Al Pacino, avant d'insensiblement tomber dans l'oubli dont allait le tirer la série House of Cards, au mitan des années 2010. Tourné en 1985, At Close Range ( Comme un chien enragé), son deuxième long métrage, est aussi celui qui l'imposait inter...

James Foley a connu ce qu'il convient d'appeler un parcours en dents de scie, se signalant, à la fin des années 80 et à l'orée des années 90, par quelques films néo-noirs de fort estimable facture ( At Close Range, bien sûr, mais aussi After Dark, My Sweet, d'après Jim Thompson), mais aussi Glengarry Glen Ross et la composition d'Al Pacino, avant d'insensiblement tomber dans l'oubli dont allait le tirer la série House of Cards, au mitan des années 2010. Tourné en 1985, At Close Range ( Comme un chien enragé), son deuxième long métrage, est aussi celui qui l'imposait internationalement. Si le film est incontestablement daté, tant par son esthétique et le look de ses acteurs -il faut voir un Sean Penn juvénile évoluant tous pectoraux dehors, tandis que Christopher Walken arbore les moustache et frisettes d'époque- que par la musique de Patrick Leonard (découlant de la chanson Live to Tell, de Madonna, composée spécialement pour l'occasion), sa densité dramatique, elle, n'a pas fléchi. Inspiré d'un fait divers qui avait défrayé la chronique américaine à la fin des années 70, Comme un chien enragé débute alors que Brad Whitewood (Penn, trouvant là un de ses premiers rôles marquants), un jeune glandeur flirtant avec les embrouilles, a la surprise de voir débarquer dans la maison familiale de Pennsylvanie Brad Sr. (Walken, dans l'un de ses emplois funambules), son père qu'il n'avait jamais connu. C'est peu dire que la figure paternelle, un truand spécialisé avec son gang dans le vol et la revente de véhicules, tracteurs et autres, en impose au gamin, fasciné par son mode de vie comme son charisme canaille. Et de s'engager à ses côtés, mettant, ce faisant, le doigt dans un engrenage dont il est loin de mesurer tous les dangers. Cocktail de sauvagerie et de violence, la suite sera écrite dans le sang dont l'on fait les tragédies. Et James Foley ne se fait faute d'enrober ce drame familial inscrit dans l'Amérique profonde -le film se veut aussi un portrait de la jeunesse US à la fin des années 70- d'une atmosphère d'un noir d'encre, polar d'une sombre intensité s'enfonçant inexorablement dans les ténèbres... Outre le fac-similé du dossier de presse original et la reproduction de huit lobby cards d'époque, le coffret "édition prestige" concocté par Carlotta propose une passionnante interview de Foley. Lequel revient sur la genèse du projet (Sean Penn lui proposa le scénario), la rencontre de l'acteur avec Madonna (que le réalisateur allait diriger dans Who's That Girl et divers clips), mais aussi son parcours au sein de la machine hollywoodienne, décrypté avec une appréciable lucidité -en ce compris son travail sur les récentes déclinaisons de 50 Shades..., loin, assurément, de la noirceur de cet opus fondateur...