Imaginez une société où la notion de congé ne serait plus qu'un lointain souvenir. Où chacun serait asservi au travail jusqu'à l'effondrement, puis l'oubli, avant l'étape d'une " réhabilitation professionnelle", dont personne (ou presque) ne sait rien. Un monde où la seule l...

Imaginez une société où la notion de congé ne serait plus qu'un lointain souvenir. Où chacun serait asservi au travail jusqu'à l'effondrement, puis l'oubli, avant l'étape d'une " réhabilitation professionnelle", dont personne (ou presque) ne sait rien. Un monde où la seule lueur consisterait en la voix de Stern, " héroïne placide". Une voix qui sort la nuit des transistors qu'on se refile sous les manteaux récite des poèmes et laisse entendre, d'abord en douceur puis avec plus de poigne, que le temps du réveil est venu. Qu'une insubordination est possible. En parallèle de cette trame dystopique, Lucie Taïeb déroule le fil tendu et mouvant d'une tragédie rurale: celle de deux fillettes dont les autres n'acceptaient pas l'attraction. Oskar, autrefois fasciné par Corinne l'étrangère, et frère de celle qui ne réchappa pas à la vindicte des enfants, a désormais la langue en vrac. Les adultes réécrivent son histoire comme celle d'un fils unique. Mais laquelle des deux versions -le drame ou son absence- est fiction? Laquelle est palimpseste? Refuser d'oublier son passé, n'est-ce pas déjà, pour Oskar, participer à la révolution en marche? En façonneuse d'énigmes sensuelles qui vous hanteront, Lucie Taïeb lutte contre " la pétrification des coeurs" et trace des points de fuite aussi fantasmagoriques que salutaires.