En 2014, avant la vague #MeToo donc, Thomas Mathieu, sous l'impulsion de sa petite amie et de sa soeur, s'est intéressé au harcèlement de rue. D'abord évoqué sur son blog, il a décidé de publier les témoignages recueillis afin d'en élargir la diffusion. Cinq ans plus tard, force est de constater que rien n'a changé, si ce n'est que les langues se sont déliées. Rien qu'en bande dessinée...

En 2014, avant la vague #MeToo donc, Thomas Mathieu, sous l'impulsion de sa petite amie et de sa soeur, s'est intéressé au harcèlement de rue. D'abord évoqué sur son blog, il a décidé de publier les témoignages recueillis afin d'en élargir la diffusion. Cinq ans plus tard, force est de constater que rien n'a changé, si ce n'est que les langues se sont déliées. Rien qu'en bande dessinée, plusieurs titres traitant du sujet sont apparus, créant un genre dans le domaine, même si des Chantal Montellier et autres Julie Doucet avaient déjà tapé sur le clou bien avant eux. Deux particularités aux Crocodiles: la première est que dans le créneau BD féministe, Thomas est pratiquement le seul auteur masculin. Il est vrai qu'il est rejoint ici par Juliette Boutant, -les deux auteurs se partageant le dessin et le scénario- apportant ainsi un point de vue de femme ayant subi le sexisme. L'autre particularité est que, comme dans l'album précédent, tous les hommes sont représentés en crocodiles vert fluo, seule touche de couleur. Cela permet d'éviter de stigmatiser un groupe social précis et de focaliser son attention sur les harceleurs et non sur les victimes. Les auteurs se défendent de vouloir mettre tous les hommes dans le même sac, mais font plutôt le constat alarmant d'une situation devenue intenable pour les unes et inexcusable pour les autres. Les Crocodiles sont toujours là souligne l'étendue de la problématique en milieu professionnel, médical ou même au sein de la police, celle-là dont le rôle est de protéger le citoyen au sens global du terme et non au détriment des citoyennes. Même s'il n'est plus le seul sur la place, cet album reste indispensable et devrait être distribué dans toutes les écoles, toutes les administrations, sociétés, foyers... bref partout où les hommes et les femmes se côtoient. Voire être remboursé par la sécurité sociale?