DE MARYAM KESHAVARZ.
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DE MARYAM KESHAVARZ. Dire que l'Iran semble être un pays compliqué tient de l'euphémisme d'élevage. Plutôt que d'en expliquer les nuances, travail de titan en forme de montagne escarpée, la New-Yorkaise d'origine iranienne Maryam Keshavarz a choisi de peindre son documentaire par petites touches impressionnistes. Pour saisir l'essence de l'amour, ou plutôt de la relation qu'ont jeunes et moins jeunes Iraniens avec ce mot, exalté par les poètes mais craint par les pudibondes autorités. Ce qui donne, après 52 minutes de déroulé, un portrait en couleur d'un pays tiraillé par ses contradictions, ou du moins par ses élans contrastés entre différenciation par rapport à l'Occident et volonté de lui emboîter le pas à certains égards. En Iran, la police des m£urs veille comme un impitoyable chien de garde: dans la rue, filles et garçons ne peuvent se côtoyer, sous peine d'être sévèrement réprimandés, voire plus. Alors il faut trouver des subterfuges pour réussir à s'amouracher de quelqu'un, histoire d'avoir soi aussi l'opportunité de, peut-être, faire un mariage d'amour. Une "chance" qui n'est pas donnée à tout le monde, loin s'en faut. Le regard, dans cet espace de liberté restreinte, véhicule alors toute la fougue contenue que les couples en devenir expriment pour espérer, un jour, officialiser une union dictée par d'autres impératifs que le poids de la tradition. Maryam Keshavarz plante donc une caméra amie dans les foyers iraniens, recueille les confidences, au plus près des visages, en mouvement. Des images fortes d'une vieille dame, veuve, qui offre à la tombe de son mari un festin traditionnel, les larmes incontrôlées; ou ce père qui apprend l'auto-flagellation -en vue de la procession de l'Achoura, durant laquelle les musulmans chiites marchent à la mémoire de l'imam Hussein, descendant du Prophète- à un fils rieur, bien loin encore de saisir la portée symbolique de ces mouvements un peu douloureux. Les jeunes, eux, se jaugent à la dérobade, dans la rue ou dans les fêtes populaires et décrochent parfois le rencard gagnant. Pour d'autres, le mariage arrangé est au bout du chemin, même si les m£urs semblent évoluer. C'est ce qu'affirme avec force cette jeune fille, entre chaque bulle mutine de chewing-gum, défendant bec et ongle l'idée d'un mariage d'amour, contracté plus âgé, quand l'expérience rend les choix plus viables. Une thèse développée devant une maman perplexe, les yeux mi-réprobateurs, mi-amusés, qui ne semble pas pressée d'assister à cette évolution. Etre jeune en Iran, c'est le sujet sur lequel se penche, toute la soirée, ce Thema d'Arte. l Guy Verstraeten