Toute l'oeuvre d'Antonio Campos est, en un sens, traversée par la question du Bien et du Mal. Dès Afterschool, le glaçant long métrage qui devait le révéler en 2008, le réalisateur new-yorkais s'applique en effet à radiographier la psyché malade de l'Amérique à travers le portrait d'un jeune adolescent dérangé confronté à la mort par overdose de deux étudiantes, qu'il filme par accident dans les couloirs de son école. Quatre ans plus tard, Simon Killer confirme son goût pour l'exploration de la déviance en s'attachant à représenter les perversions glauques d'un homme...

Toute l'oeuvre d'Antonio Campos est, en un sens, traversée par la question du Bien et du Mal. Dès Afterschool, le glaçant long métrage qui devait le révéler en 2008, le réalisateur new-yorkais s'applique en effet à radiographier la psyché malade de l'Amérique à travers le portrait d'un jeune adolescent dérangé confronté à la mort par overdose de deux étudiantes, qu'il filme par accident dans les couloirs de son école. Quatre ans plus tard, Simon Killer confirme son goût pour l'exploration de la déviance en s'attachant à représenter les perversions glauques d'un homme torturé et manipulateur que ses tendances sociopathes vont conduire au bord de l'abîme. Tandis que Christine, en 2016, revient sur le geste fatal d'une journaliste et animatrice de télévision locale en mode clinique et paranoïaque. Sans même parler de son travail de producteur et réalisateur sur la bien nommée série The Sinner, thriller trouble hanté par le motif douloureux du trauma et de la mort. C'est aujourd'hui au péché dans l'acceptation quasiment biblique du terme qu'il se frotte en adaptant pour Netflix le percutant The Devil All the Time de Donald Ray Pollock, sombre et poisseuse histoire de la violence inscrite dans la plus radicale tradition américaine du roman noir. Fous de dieu, freaks illuminés, monstres déviants et autres serial killers obsessionnels peuplent ce brûlant récit choral aux allures d'immémoriale tragédie rurale inscrite dans l'Amérique des années 50 et 60. Ambitieux dans le soin qu'il apporte à sa reconstitution, Campos n'élague rien, ou presque (il sucre quand même allègrement la savoureuse histoire des deux prédicateurs perchés), du livre auquel il prend sa source, poussant même sa fidélité jusqu'à demander à Donald Ray Pollock lui-même de servir de narrateur au film. En résulte un objet lent, long et sinueux, un peu désincarné, qui aurait sans doute gagné à être resserré pour rendre pleinement le côté tragique de ses intrigues croisées -Campos, qui a coécrit le scénario du film avec son frère, est un cinéaste très froid, et l'émotion peine à affleurer quand elle le devrait. Il sait par contre joliment y faire quand il s'agit d'installer une atmosphère pesante, susciter le malaise, un inconfort lancinant, bien aidé en cela par un casting solide, mais surtout extrêmement bien tapé. Tom Holland, Bill Skarsgård, Robert Pattinson, Riley Keough, Jason Clarke, Eliza Scanlen, Haley Bennett, Mia Wasikowska et même le musicien Pokey LaFarge... Ils sont tous à leur place dans ce thriller psychologique aux accents quasiment gothiques certes un peu trop sage, mais dont les travers illustratifs finissent par se fondre dans une insidieuse ambiguïté qui dispense un étrange sentiment d'hypnose. Aux racines du mal.