John Ghinzu vendrait sa mère pour Motörhead et même le prof de français de notre fils voue une passion suspecte à Ian Fraser "Lemmy" Kilmister, 68 ans, anglais, icône culte et plus si affinités. Nous pas vraiment. Peu sensible aux motörheadismes beuglés sur un ton laryngectomisé par ledit Lemmy dans une saignée de remugles binaires, l'intégralité des albums sous perfusion V2 wisigoth sifflotant l'apocalypse métallisée. Le décibel bibendum ayant brûlé toutes les soupapes de sécurité. Même si avec le beugleur en question, on partage l'amour de Little Richard et des primitifs rock, Motörhead (qui a annulé récemment sa tournée internationale pour cause de Lemmy défaillant) n'est pas notre came: en particulier les breloques militaro-nazies que Lemmy collectionne "pour des raisons esthétiques". On pourrait y disséquer le stade anal du renégat ou, simplement, la conséquence chimique d'un demi-siècle d'amphétamines, LSD, coke et bouteille de Jack Daniels quotidienne. Désaltéra...

John Ghinzu vendrait sa mère pour Motörhead et même le prof de français de notre fils voue une passion suspecte à Ian Fraser "Lemmy" Kilmister, 68 ans, anglais, icône culte et plus si affinités. Nous pas vraiment. Peu sensible aux motörheadismes beuglés sur un ton laryngectomisé par ledit Lemmy dans une saignée de remugles binaires, l'intégralité des albums sous perfusion V2 wisigoth sifflotant l'apocalypse métallisée. Le décibel bibendum ayant brûlé toutes les soupapes de sécurité. Même si avec le beugleur en question, on partage l'amour de Little Richard et des primitifs rock, Motörhead (qui a annulé récemment sa tournée internationale pour cause de Lemmy défaillant) n'est pas notre came: en particulier les breloques militaro-nazies que Lemmy collectionne "pour des raisons esthétiques". On pourrait y disséquer le stade anal du renégat ou, simplement, la conséquence chimique d'un demi-siècle d'amphétamines, LSD, coke et bouteille de Jack Daniels quotidienne. Désaltérant que Lemmy arrête en 2013 suite à un trop-plein du corps: diabète de type 2 -diagnostiqué treize ans auparavant...- et implantation de pacemaker. Désormais, le délicat sexagénaire sonne aux portiques d'aéroport et pas seulement pour la Croix de fer portée en pendentif. Mais contrairement à ses coreligionnaires britanniques (Rod Stewart, Elton John, Mick Jagger), Lemmy n'a jamais donné l'impression de péter dans la soie, ne se blinde pas en limousine et circule sans patibulaires armoires à glace. Il trimballe cool ses boots ultra-voyantes et vit dans un deux-chambres de West Hollywood bourré de memorabilia kitsch qui sent le tabac froid. Comme on le voit -cela et d'autres choses- dans le réjouissant et même émouvant documentaire de 100 minutes, Lemmy,sorti en 2010 (1), où un fan lucide déclare: "Si une bombe nucléaire tombait sur la Terre, Lemmy et les cafards seront les seuls à survivre." Sympa mais de là à ECOUTER Motörhead... Il est pourtant une époque où la basse et l'éventuel chant cromagnons de la rouflaquette humaine croisent notre chemin avec plaisir et stupéfaction: chez Hawkwind, formé à l'automne 1969 à Londres, dans le sillage de Dave Brock, freak lunatique ayant déjà brouté du psychédélisme. Interprétant Eight Miles High des Byrds pendant 20 minutes dans un rade de Notting Hill (!), le groupe est repéré par John Peel et signé chez Liberty Records. La bande proto-biker de Ladbroke Grove, épaulée à l'été 1970 par un premier album éponyme, creuse son sillon dans l'underground anglais et multiplie les benefits pour toutes les causes humanistes et néanmoins droguées. En 1972, après une carrière de musicien au sein des Rockin' Vickers et de roadie pour Hendrix, Lemmy débarque dans l'affaire. Bassiste et vocaliste (très) occasionnel, il arrive à point pour interpréter ce qui sera le seul vrai tube d'Hawkwind: Silver Machine, quatre minutes robotiques de panouille lysergique, la Voie lactée en intraveineuse conciliante. Lemmy, longues douilles et bacchantes, y chante d'un ton lancinant le refrain à vocation planante. Le titre grimpe jusqu'à la troisième place des charts anglais et plutôt que d'aller mimer la chanson en studio désinfecté pour Top of The Pops, Hawkwind obtient de la BBC d'être filmé en concert à Dunstable (visible sur YouTube). On est en juillet 1972 et l'attraction visuelle du collectif est encore l'hypnotique danseuse Stacia, jeune femme accorte qui exhibe régulièrement en public sa paire d'avantages mammaires. Hawkwind, c'est à la fois le triomphe du casting alternatif à têtes de vikings et un ovni sonore mi-krautrock anglais mi-Steppenwolfgraisseux. Avec une grosse louche de sci-fi amenée, entre autres, par l'écrivain Michael Moorcock, auteur de plusieurs titres cosmiques pour la bande, qu'il rejoint d'ailleurs parfois sur scène pour déclamer ses récits de comète virile. L'underground revendiqué, le libertaire collectif, l'atypisme spatial, vaudront à Hawkwind d'être l'un des rares groupes de la première moitié des seventies adoubés par la frange punk de 1976-77. Entretemps, Lemmy jouera de sa basse vorace qui dépasse le simple contrat rythmique sur quatre albums: Doremi Fasol Latido (novembre 1972), le double live Space Ritual (mai 1973), Hall of The Mountain Grill (septembre 1974) et Warrior on The Edge of Time (mai 1975). Peu après la sortie de ce dernier, l'homme-verrue est viré pour cause de retards chroniques et de goût irraisonnable pour les drogues-qui-ne-font-pas-dormir. Pas forcément synchro aux autres Hawkwind, davantage dans le peyotl et les champignons qui-font-sourire. Quand Lemmy se fait choper à la frontière canadienne avec des amphétamines et passe deux jours en taule, il reçoit son C4 définitif. Clôturant ainsi une épopée musicale qui reste ce qu'il a fait, au final, de plus branque et de plus aventureux. (1) ACHETABLE FACILEMENT EN DVD ET BLU-RAY SUR INTERNET, VISIBLE EN INTÉGRALITÉ SUR YOUTUBE.TEXTE Philippe Cornet