S'il est aujourd'hui quelque peu oublié, c'est avec un bonheur toujours renouvelé que l'on redécouvre les films de Max Ophuls, un esthète dont l'oeuvre tutoya régulièrement des sommets de raffinement. Ainsi de La Ronde et Lola Montès, deux titres réalisés par le plus cosmopolite des cinéastes (sa carrière se partagea entre l'Allemagne, la France et les États-Unis, avec passages par l'Italie et le Japon) lors de sa seconde période française, dans les années 50. Adapté d'Arthur Schnitzler, La Ronde (1950) est en effet le premier film tourné par Ophuls après une parenthèse hollywoodienne...

S'il est aujourd'hui quelque peu oublié, c'est avec un bonheur toujours renouvelé que l'on redécouvre les films de Max Ophuls, un esthète dont l'oeuvre tutoya régulièrement des sommets de raffinement. Ainsi de La Ronde et Lola Montès, deux titres réalisés par le plus cosmopolite des cinéastes (sa carrière se partagea entre l'Allemagne, la France et les États-Unis, avec passages par l'Italie et le Japon) lors de sa seconde période française, dans les années 50. Adapté d'Arthur Schnitzler, La Ronde (1950) est en effet le premier film tourné par Ophuls après une parenthèse hollywoodienne qui l'avait vu aligner quelques maîtres films noirs ( Caught, Les Désemparés), mais aussi signer une bouleversante version de Lettre d'une inconnue, de Stefan Zweig. Le ton est cette fois sensiblement plus léger, le film épousant le rythme allègre d'une valse pour entraîner le spectateur, à la suite d'un maître du jeu (Anton Walbrook), dans la Vienne de 1900, théâtre d'une succession d'aventures galantes, orchestrées à la manière d'une ronde. Et la main de passer de la fille de joie au soldat, du soldat à la femme de chambre, de cette dernière au jeune homme de bonne famille... en un mouvement auquel la caméra confère une exceptionnelle fluidité, en même temps que l'enchaînement des chassés-croisés amoureux se pique d'une pointe d'amertume. Soit, servi par une nouvelle restauration exemplaire, un modèle d'élégance et d'esprit, exécuté tout en jubilation feutrée par les Simone Signoret, Danielle Darrieux, Serge Reggiani et autre Isa Miranda. On retrouve un même sentiment de tourbillon dans Lola Montès, qu'allait tourner Ophuls cinq ans plus tard. La teneur du propos est cependant bien différente, l'auteur opérant ici un glissement vers la tragédie, alors qu'il met en scène le destin d'une femme galante, Lola Montès (Martine Carol), qui après avoir compté parmi ses amants Franz Liszt et Louis Ier de Bavière, connaîtra une déchéance cruelle. Jusqu'à échouer sur la piste d'un cirque de La Nouvelle-Orléans où son infortune est jetée en pâture à un public avide, les épisodes les plus significatifs de son existence étant rejoués soir après soir sous la conduite d'un monsieur Loyal (Peter Ustinov), avant qu'elle n'accomplisse, clou du spectacle, un vertigineux saut de la mort. Ophuls déconstruit la chronologie pour orchestrer, dans une orgie de couleurs et de mouvements virtuoses, une fresque baroque que Martine Carol habite de grâce funèbre. Et le cinéaste de livrer, hanté par une insondable mélancolie, un flamboyant et bouleversant portrait de femme, coeur d'un film aux résonances multiples. Fraîchement accueilli, puis mutilé à sa sortie, Lola Montès, rendu à la vision de son auteur, est un chef-d'oeuvre absolu.