C'était il y a quelques mois, à peine: reflet du durcissement du pouvoir iranien, les cinéastes Mohammad Rasoulof et Jafar Panahi étaient condamnés à 6 ans de prison et 20 ans d'interdiction de tourner, pour cause de "propagande contre le régime". Depuis, et même si rien n'a pu, à ce jour, infléchir la position des autorités persanes, les manifestations de soutien se sont multipliées ...

C'était il y a quelques mois, à peine: reflet du durcissement du pouvoir iranien, les cinéastes Mohammad Rasoulof et Jafar Panahi étaient condamnés à 6 ans de prison et 20 ans d'interdiction de tourner, pour cause de "propagande contre le régime". Depuis, et même si rien n'a pu, à ce jour, infléchir la position des autorités persanes, les manifestations de soutien se sont multipliées -la plus spectaculaire étant la chaise vide réservée à Panahi, juré empêché, et pour cause, lors de la dernière Berlinale; rarement, sans doute, y eût-il silence plus assourdissant... A l'heure où le festival Cinema Novo, à Bruges, vient de plébisciter The White Meadows, de son compagnon d'infortune Mohammad Rasoulof, Flagey choisit pour sa part de consacrer un large cycle à Jafar Panahi. De quoi prendre la mesure du talent d'un réalisateur qui, du Ballon blanc, en 1995, à Off-Side, en 2006, s'est imposé, aux côtés d'un Kiarostami dont il fut l'assistant, comme l'une des figures de proue de la Nouvelle Vague du cinéma iranien. Les 4 films proposés permettent en outre d'apprécier l'évolution du cinéma de Panahi, qui a substitué à la métaphore de la fable façon Ballon blanc une approche plus frontale de la réalité iranienne, qu'il s'agisse d'aborder la condition des femmes dans Le Cercle ou de montrer des jeunes filles bravant l'interdit les privant de football dans Off-Side. Sans réelle surprise, dès lors, le parcours du cinéaste sera aussi celui d'un combat incessant contre la censure, qui interdira coup sur coup Le Cercle, pourtant Lion d'or à Venise, et Sang et or, réalisé dans la foulée. "Quand je commence un film, je veux avant tout être en accord avec ma conscience, nous expliquait alors Panahi. L'essentiel est de rester sincère." Un acte de résistance qu'il paie aujourd'hui au prix fort. Voir les films de Jafar Panahi, ce n'est pas seulement la perspective d'un tout grand moment de cinéma, c'est aussi faire £uvre plus que jamais nécessaire. CYCLE JAFAR PANAHI, DU 06AU 30/04, À FLAGEY, BRUXELLES. J.F. PL.