Premier long métrage de Tuva Novotny (dont on a pu apprécier entre-temps, caprices du calendrier des sorties, le second essai, Britt-Marie Was Here), Blind Spot n'est pas sans évoquer un autre film norvégien, Utøya, 22. juli, d'Erik Poppe. Comme ce dernier, la réalisatrice a opté pour une narration en temps réel filmée en un seul plan-séquence, dont la virtuosité s'efface toutefois devant la densité du récit. Tout commence en mode pour ainsi dire anodin, au sortir d'un entraînement de handball, sur les pas d'Anna (Ellen Heyerdahl Janzon) et Tea (Nora Mathea Øien), deu...

Premier long métrage de Tuva Novotny (dont on a pu apprécier entre-temps, caprices du calendrier des sorties, le second essai, Britt-Marie Was Here), Blind Spot n'est pas sans évoquer un autre film norvégien, Utøya, 22. juli, d'Erik Poppe. Comme ce dernier, la réalisatrice a opté pour une narration en temps réel filmée en un seul plan-séquence, dont la virtuosité s'efface toutefois devant la densité du récit. Tout commence en mode pour ainsi dire anodin, au sortir d'un entraînement de handball, sur les pas d'Anna (Ellen Heyerdahl Janzon) et Tea (Nora Mathea Øien), deux adolescentes s'apprêtant à regagner leur cité de la banlieue d'Oslo. Et la caméra de les accompagner, réglée sur leurs pas et leur respiration, la banalité de leur conversation n'empêchant pas une tension sourde d'imperceptiblement enrober leurs évolutions -comme si la menace pouvait surgir à chaque angle mort. Impression trompeuse selon toute apparence, et Tea rejoint bientôt l'appartement familial où l'attend sa mère, Maria (Pia Tjelta), en train de mettre Bjorn (Teodor Barsnes-Simonsen), son petit frère, au lit, le père, Anders (Anders Baasmo Christiansen), étant encore au travail. Moment où, entre sandwiches, devoirs et télévision, l'histoire bascule avec Tea dans le hors-champ, faisant imploser les certitudes insouciantes pour laisser place à la stupeur, bientôt relayée par l'hystérie face au drame venant de se nouer. Novotny inscrit la suite de Blind Spot dans un temps paradoxal, imposant un rythme à la fois compressé et suspendu après que l'impensable s'est produit et que l'ambulance se fait attendre. Et le film de s'aventurer en zone grise -" tout semblait parfaitement normal"-, la réalisatrice ne s'attachant guère, toutefois, à trouver d'éventuelles explications au geste de la jeune fille. À quoi elle préfère, dans l'hôpital servant désormais de cadre exclusif à l'action, coller au plus près à la déferlante des questions et des émotions assaillant les parents, entre incompréhension, colère et douleur insondable. Son dispositif de mise en scène aidant, Blind Spot se révèle une expérience de cinéma à la fois viscérale et suffocante, immergeant le spectateur au coeur de cette tempête intime. Pour un résultat d'autant plus secouant que, transcendant le seul gimmick technique, la cinéaste réussit à traduire la détresse comme la confusion des sentiments contradictoires, bien aidée par l'excellente Pia Tjelta, inoubliable visage de cette tragédie. Son regard vide est de ceux qui hantent le spectateur et ce film, évoluant en flux tendu au bord de la rupture, s'il est assurément inconfortable, ne s'en avère pas moins bouleversant.