D'abord, un regret: il nous est pénible, presque douloureux, de ranger cette exposition sous l'étiquette "photographie". En aucun cas cette appellation galvaudée ne rend compte du caractère précieux et magnétique -on songe à des enluminures envoyées depuis une temporalité incertaine- du travail de Jacques Courtejoie (Congo, 1949). Pourtant, c'est bien à ce médium que l'intéressé se frotte depuis le début de ...

D'abord, un regret: il nous est pénible, presque douloureux, de ranger cette exposition sous l'étiquette "photographie". En aucun cas cette appellation galvaudée ne rend compte du caractère précieux et magnétique -on songe à des enluminures envoyées depuis une temporalité incertaine- du travail de Jacques Courtejoie (Congo, 1949). Pourtant, c'est bien à ce médium que l'intéressé se frotte depuis le début de sa carrière. À cela près qu'il ne l'utilise qu'en multipliant les précautions esthétiques qui s'imposent, comprendre distanciation vis-à-vis de l'obscénité du présent et manipulations à répétition. Du photomontage? Certes, même si là aussi le mot sonne abominablement. Dans les faits, " chaque photographie est le résultat de plusieurs photographies, montages et collages successifs, dont l'ultime exemplaire est rehaussé à la main aux crayons et encres de couleur", pointe la galeriste Justine Jacquemin, qui donne à voir ici 20 années d'une production soutenue. Au bout de cette patiente aventure, ce n'est rien de moins qu'un "Royaume" qui descend vers le regardeur. Celui-ci fait place à une multiplicité de couches, de plans et de couleurs -rose léger, sépia, bleu pâle...- accouchant d'une fantasmagorie au coeur de laquelle se mêlent citations empruntées à la peinture ancienne -Cranach, Van Eyck-, érotisme savamment tarabiscoté -on songe à Félicien Rops-, voire esthétique des chromos populaires des années 40-50 ou carambolages surréalistes. L'ensemble est jubilatoire, il suscite une immense soif de voir, d'épuiser avec les yeux d'une attention concentrée. Il n'y aurait pas moins de ferveur s'il nous fallait débusquer de nouveaux acrostiches dans le Paradise Lost de John Milton. Mention spéciale pour la dernière pièce de l'accrochage, qui révèle une délicatesse au carré, des polaroids travaillés selon le même procédé et encadrés de façon à convoquer l'esprit du reliquaire. Très à propos pour une sacrée oeuvre.