Quatre jours de festival. Pour s'avaler des séries en mode hommage "bigger than life", puisqu'elles seront diffusées sur grand écran. En mode théorique aussi, les projections étant parsemées de conférences et autres débats sur cette forme de fiction industrialo-artistique qui s'est insérée comme une évidence dans nos quotidiens. Par le passé, globalement avant le tournant du siècle, les séries venaient à nous. A prendre ou à laisser. Comme un passe-temps de soirée télé, la télécommande en couperet, faute de mieux. Mais depuis une grosse poignée d'années, la donne s'est largement modifiée avec l'avènement des chefs-d'oeuvre d'HBO, les Sopranos en tête, et le succès du téléchargement (il)légal.
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Quatre jours de festival. Pour s'avaler des séries en mode hommage "bigger than life", puisqu'elles seront diffusées sur grand écran. En mode théorique aussi, les projections étant parsemées de conférences et autres débats sur cette forme de fiction industrialo-artistique qui s'est insérée comme une évidence dans nos quotidiens. Par le passé, globalement avant le tournant du siècle, les séries venaient à nous. A prendre ou à laisser. Comme un passe-temps de soirée télé, la télécommande en couperet, faute de mieux. Mais depuis une grosse poignée d'années, la donne s'est largement modifiée avec l'avènement des chefs-d'oeuvre d'HBO, les Sopranos en tête, et le succès du téléchargement (il)légal. Désormais, c'est nous qui allons aux séries. Souvent sans filtre télé. Et plus seulement quand elles sortent des prolifiques studios états-uniens. Ouvrir les perspectives à l'ensemble de la planète séries fait d'ailleurs partie des objectifs avoués -et budgétairement plus raisonnables, soyons de bon compte- d'Are You Series?, festival mis en musique par Bozar Cinéma, du 29 mai au 1er juin prochain (lire encadré pratique). The Slap, Bron, Hatufim ont récemment prouvé qu'une série pouvait sortir des caméras australiennes, norvégiennes ou israéliennes avec le même bonheur. En 2014, une perle télévisée peut parfaitement provenir de n'importe quelle partie du globe. Même des parties les plus... proches de notre capitale, puisque certaines productions flamandes commencent doucement à titiller les standards de qualité atteints en Scandinavie ou en Grande-Bretagne. En Belgique francophone, le fonds spécial créé récemment par la Fédération Wallonie-Bruxelles et la RTBF laisse -enfin!- entrevoir une dynamique positive, même si notre chaîne publique sera... la grande absente des débats du festival. "C'est à la RTBF de répondre", nous souffle l'un des fers de lance du projet, Juliette Duret, Head of Cinema au Palais des Beaux-Arts, quand on l'interroge sur les raisons de cette anomalie. Etonnant. D'autant que l'une des conférences les plus attendues de la manifestation s'intitulera "Le futur du paysage des séries: le point de vue des producteurs, des réseaux télé et des distributeurs.""On se demandera notamment comment la Belgique francophone peut rattraper les dix années de retard qu'elle a sur la Flandre à ce niveau, et comment elle peut mettre le bon pied à l'étrier", poursuit Juliette Duret, qui regrette donc à demi-mot l'absence du principal acteur de ce qui est censé être le renouveau (ou plus exactement le nouveau) des séries belges francophones... Comment coproduire une fiction télé au niveau européen? Comment se consommeront les séries de demain et comment s'écriront-elles? Les scénaristes tiennent ou tiendront-ils compte de l'évolution des modes de visionnage, en particulier du fameux binge watching, qui consiste à dévorer une série frénétiquement, en quelques heures et en by-passant les télévisions? Autant de questions qui seront soulevées dans ce débat pour le moins large et ouvert. Parmi les intervenants, Siegfried Moens, responsable des achats films et séries pour l'opérateur flamand Telenet, viendra partager son expérience et celle de son employeur. Un opérateur qui, via son plan STAP, n'hésite pas à investir des millions d'euros dans la production locale de films et de séries. Au point de le voir faire un grand saut à la Netflix en lançant ses propres fictions? Rappelons que le géant américain de la vidéo à la demande, en produisant des projets comme House of Cards ou Orange Is The New Black pour les intégrer directement à son catalogue, a contourné pour la première fois les opérateurs traditionnels: le terme même de série télé, dans ce cas-là, n'a de pertinence que parce que les fictions téléchargées directement via Netflix se regardent généralement sur un téléviseur, et qu'elles sont rachetées par la suite par des télévisions, la RTBF en tête d'ailleurs. "Il est clair que Telenet aurait les moyens de le faire. Mais nous préférons nous arranger en amont avec les chaînes. C'est très important pour nous, certainement au niveau local, parce que ça joue sur l'impact qu'auront ces séries sur le public. Nous avons encore récemment signé de nouveaux accords avec la VRT et la VMA. Tous ensemble, on est largement plus forts", soutient Siegfried Moens. Qui viendra aussi s'exprimer sur les enjeux généraux qui semblent se dégager des dernières évolutions constatées dans le monde étendu (et donc européano-belge) des séries: "Il est positif de voir que tout le monde se jette sur les séries. Certaines bénéficient maintenant de plus de budgets que les films, et cette tendance risque de se répandre. Mais forcément, qui dit plus de budget -imaginons 4, 5 ou 6 millions d'euros pour une série- dit plus d'impact financier si la série ne prend pas... Autre enjeu: pour les chaînes, les séries sont une aubaine, dans la mesure où elles permettent de fidéliser les téléspectateurs pendant plusieurs semaines. Mais le souci, me semble-t-il, se situe au niveau de la qualité. Avec des cartons comme Game of Thrones, The Walking Dead ou House of Cards, il se confirme qu'on peut gagner beaucoup d'argent avec les séries. Et l'offre tend à se multiplier. Mais ce n'est pas parce qu'il y a plus de séries disponibles qu'elles seront de meilleure qualité. Ou que les téléspectateurs vont doubler." "Tous ensemble, on est largement plus forts", professait Siegfried Moens. Ce n'est pas Bettina Brinkmann, Head of TV au sein de l'Union Européenne de Radio-Télévision (UER), qui s'opposera à la sentence, elle qui viendra expliquer aux curieux comment s'est montée The Team, série européenne dont on attend la diffusion internationalisée pour la fin de cette année. Car c'est aussi ça, le futur du genre: une union forte des télévisions européennes pour créer du contenu costaud. "Il y a bien évidemment de la place pour des productions nationales. Mais les séries européennes peuvent également s'inscrire dans une dynamique positive, même si j'expliquerai que monter de tels projets n'a rien d'évident. Rassembler les partenaires, établir les budgets... Pas facile. Et assez long, puisque le processus a duré près de quatre ans. J'expliquerai comment tout cela a pu se mettre en place", indique Bettina Brinkmann. The Team, série policière dans laquelle le VAF/Mediafonds flamand et la VTM sont impliqués, pourra compter sur un casting international dans lequel apparaîtront notamment Lars Mikkelsen, le frère de Mads, mais également quelques acteurs flamands comme Veerle Baetens (The Broken Circle Breakdown). The Team n'est pas la première du genre, puisque The Spiral, expérience aussi transmédia que trans-européenne, a déjà, d'une certaine manière, essuyé les plâtres. On sera néanmoins curieux d'entendre ce que l'UER compte entreprendre dans les années à venir. Sachant que mis bout à bout, le savoir-faire des producteurs de séries européennes pourrait donner de très jolies réussites. - POUR LE PROGRAMME COMPLET: WWW.BOZAR.BE. FESTIVAL ARE YOU SERIES?, DU 29 MAI AU 1ER JUIN AU PALAIS DES BEAUX-ARTS. TEXTE Guy Verstraeten