Pigalle. Paris la nuit. Une place, trois rues, un bout de boulevard. Cent vingt ans de bohème en tout genre. "Un endroit où on apprenait les choses de la vie." Ce sont les souvenirs de cet ancien quartier chaud, jadis tanière d'artistes en tous genres aujourd'hui gentrifiée et attrape-touristes, que David Dufresne a décidé de raconter. Au milieu des années 80, Dufresne avait découvert Paname au New Moon. Un club de rock peuplé de punks, d'effeuilleuses et de mafieux. Chaud, sale, humide. Escaliers dangereux. Sueurs et cigarettes.
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Pigalle. Paris la nuit. Une place, trois rues, un bout de boulevard. Cent vingt ans de bohème en tout genre. "Un endroit où on apprenait les choses de la vie." Ce sont les souvenirs de cet ancien quartier chaud, jadis tanière d'artistes en tous genres aujourd'hui gentrifiée et attrape-touristes, que David Dufresne a décidé de raconter. Au milieu des années 80, Dufresne avait découvert Paname au New Moon. Un club de rock peuplé de punks, d'effeuilleuses et de mafieux. Chaud, sale, humide. Escaliers dangereux. Sueurs et cigarettes. Trente ans plus tard, dans ce Pigalle qui a fait son éducation, il a garé un camion. Installé un cinéma de poche sauvage, un marché aux souvenirs filmiques et organisé des projections en plein air où les anciens partagent leur nostalgie. Il y a Pierrot, le patron de feu le New Moon à qui Dufresne a consacré un livre en 2017 ( New Moon. Café de nuit joyeux) encore bon pied bon oeil malgré ses 88 ans. Éliane, pilier du quartier, qui faisait le trottoir devant son entrée. Un ancien lutteur-catcheur qui a travaillé dans les cabarets. Puis des anciens policiers aussi. Forcément. Brigade mondaine, groupe cabaret. Melville, Truffaut, Gabin, Delon, Constantin... Bob le flambeur, Le Marginal, Le Solitaire, Touchez pas au Grisby... Entre des extraits de films ( "plus qu'ailleurs, les acteurs singeaient les truands qui singeaient les acteurs") et des images d'archives, un live de la Mano Negra et un bout d'interview de Jean Renoir, anciens caïds, tenanciers et professionnelles du sexe papotent, chantent, se promènent et se souviennent. Ils racontent les types qui ont été rectifiés. Les mecs bien pour Pigalle. Ceux qui ne font pas parler d'eux et qui évitent l'esbroufe. Mesrine qui fréquentait souvent les bars, déguisé. Hélène Martini, la femme qui dominait le quartier. Classe et dure en affaires, elle était patronne des rockeurs perdus et des cabarets enfumés. Puis aussi la came qui a tout perverti... Cette histoire populaire de Paris évoque également le temps du Harlem à Montmartre. Duke Ellington, Django Reinhardt. Les écrivains, les surréalistes. Le bastion de tous les arts et de tous les genres. Parce qu'entre le passé sulfureux, les passes et les règlements de compte, les voyous, les prostituées, les travelos et les macs, Pigalle, ce quartier où a commencé Piaf qui parfois jouait les rabatteuses, c'était une ambiance. Aujourd'hui, le Narcisse est devenu le Bio C' Bon. Le Trafalgar a été transformé en crèche. Dufresne va jusqu'à rencontrer des agents immobiliers qui bossent sur le quartier. Son documentaire traverse le Pigalle d'hier et d'aujourd'hui et dépeint un monde en soi. Un univers jadis singulier, unique et hors des lois dont on a gardé le décor mais chassé les acteurs. Savoureux.