Invité, lors du dernier festival de Cannes, à décrire Wonderstruck, Todd Haynes évoquait un "acid trip for kids". Et de fait, si l'on n'attendait guère le réalisateur de Far from Heaven ou Carol sur le terrain de l'enfance, encore convient-il d'y mettre des nuances, ce film, adapté de l'ouvrage éponyme de Brian Selznick, l'auteur de Hugo Cabret, s'in...

Invité, lors du dernier festival de Cannes, à décrire Wonderstruck, Todd Haynes évoquait un "acid trip for kids". Et de fait, si l'on n'attendait guère le réalisateur de Far from Heaven ou Carol sur le terrain de l'enfance, encore convient-il d'y mettre des nuances, ce film, adapté de l'ouvrage éponyme de Brian Selznick, l'auteur de Hugo Cabret, s'inscrivant dans le droit fil de l'oeuvre, tant par sa sensibilité que par le regard d'esthète s'y déployant. Récit d'apprentissage, Le Musée des merveilles fait rimer, à 50 ans de distance, les histoires de deux solitudes -lignes parallèles que la magie du cinéma va s'employer à faire converger. Soit, d'une part, Rose (Millicent Simmonds), fillette sourde qui, en 1927 décide de quitter Hoboken pour partir à la recherche de sa mère, une actrice triomphant sur les planches de Broadway. Et, d'autre part, Ben (Oakes Fegley), un gamin qui, à la mort de sa mère et après avoir perdu l'ouïe dans un accident, s'enfuit du Minnesota pour tenter de retrouver à New York la trace d'un père qu'il n'a jamais connu. La suite est un pur enchantement, glissant d'une époque et d'une esthétique à l'autre (noir et blanc du muet pour l'une, grain typique et groove des seventies pour l'autre) avec une stupéfiante fluidité, un même courant souterrain porté par un souffle délicat rapprochant leurs deux quêtes. Jusqu'à l'épilogue, bouleversant, du Panorama du musée du Queens, moment de pure émotion que Haynes convoque dans un mélange de grâce et de douceur. Injustement passé inaperçu lors de sa sortie en salles, Wonderstruck est une pure merveille; un film destiné aux enfants comme pour mieux troubler les adultes...