Die Andere Heimat
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Die Andere Heimat D'EDGAR REITZ. AVEC JAN DIETER SCHNEIDER, ANTONIA BILL, MAXIMILIAN SCHEIDT. 3 H 50. DIST: LUMIÈRE. 10 Le film d'Edgar Reitz est une pure merveille. Peut-être le meilleur sorti en 2013. Mais il n'a pas obtenu dans nos salles le succès que ses immenses qualités justifiaient pourtant. Une très belle édition Blu-ray vient redonner une chance au chef-d'oeuvre du vétéran (81 ans) munichois. Filmé en digital haute définition, Die Andere Heimat se prêtait idéalement au format qui met en valeur ses images sublimes. Un entretien très éclairant avec le cinéaste et un remarquable livret informatif étant offerts en bonus. C'est au début des années 80, à la télévision, que débuta la saga de Heimat. L'Allemagne toute entière s'est prise de passion pour la chronique de Schabbach, petit village du Hünsruck, dans le Palatinat, narrée d'abord de 1925 à 1945 (Heimat), ensuite durant les années 60-70 (Heimat 2), et enfin de la chute du mur de Berlin à l'an 2000 (Heimat 3). Des sélections applaudies dans les grands festivals assurant une résonance et une diffusion largement internationales à la très fascinante série. Die Andere Heimat a été tourné directement pour le cinéma. Il n'est en aucune manière une suite aux précédents épisodes mais bel et bien "autre chose". Pas besoin donc d'avoir vu les précédents Heimat pour apprécier le nouveau film. Lequel transporte le spectateur au milieu du XIXe siècle, dans un Schabbach menacé par la misère, en butte aussi aux injustices d'un pouvoir prussien qui pousse la jeunesse à se révolter. Pour certains habitants épris de liberté, l'émigration vers l'Amérique du Sud devient une perspective concrète, prometteuse d'une vie meilleure... Pour les besoins d'un film qu'il souhaitait au départ le plus réaliste possible, Edgar Reitz a fait bâtir tout le village et meubler chaque maison. Les images sont en noir et blanc superbe, avec des touches de couleur posées çà et là, jamais au hasard, pour un résultat poétique, d'une rare beauté. Reitz filme la vie. L'amour, la naissance, le travail, la maladie et la mort, la faim et la rébellion, la religion et le doute, l'espoir et la colère. Même ancré profondément dans une réalité allemande, Die Andere Heimat atteint sans jamais rien forcer une dimension des plus uni- verselles. Il se situe avec assurance et splendeur aux confins de la grande tradition d'un Murnau (le réalisateur de Nosferatu, Faust et Sunrise dans les années 20) et du potentiel pictural des technologies dernier cri. Le meilleur de deux mondes, en somme. LOUIS DANVERS