1. LA PETITE SIRÈNE, COPENHAGUE

"Je travaille sur ce que j'appelle mon projet de symphonie depuis trois ou quatre ans. Tout a commencé avec le compositeur classique new-yorkais Nico Muhly ( Grizzly Bear, Björk, Jonsi... , ndlr). Nico a arrangé certaines de mes chansons pour les présenter à Los Angeles. C'est la première fois que j'ai envisagé de revisiter mes morceaux pour un grand ensemble et l'idée a fait son chemin. Je me suis mis à donner des "concerts symphonies". A adapter mes chansons avec Nico mais aussi Rob Moose et Maxim Moston ( deux Johnsons, ndlr). Sur Cut the world, j'ai rassemblé les titres les plus significativement modifiés par les arrangements. Ceux qui avaient subi une vraie transformation. Il y a donc quelques chansons échappées des débuts de ma discographie. Des extraits avec lesquels je voyage depuis 20 ans. J'ai eu l'opportunité d'enregistrer deux concerts à Copenhague avec le Danish National Chamber Orchestra et ils ont constitué la base du disque. La symphonie apporte une espèce de fortification. Une vigueur. Une puissance. Elle verse l'adresse, l'habileté de 60 musiciens dans une chanson. Elle procure une ampleur inaccessible avec six personnes sur scène. Un même titre peut se faire agile en petit groupe et ferme avec un orchestre. Devenir un grand navire en mer et plus une petit...

"Je travaille sur ce que j'appelle mon projet de symphonie depuis trois ou quatre ans. Tout a commencé avec le compositeur classique new-yorkais Nico Muhly ( Grizzly Bear, Björk, Jonsi... , ndlr). Nico a arrangé certaines de mes chansons pour les présenter à Los Angeles. C'est la première fois que j'ai envisagé de revisiter mes morceaux pour un grand ensemble et l'idée a fait son chemin. Je me suis mis à donner des "concerts symphonies". A adapter mes chansons avec Nico mais aussi Rob Moose et Maxim Moston ( deux Johnsons, ndlr). Sur Cut the world, j'ai rassemblé les titres les plus significativement modifiés par les arrangements. Ceux qui avaient subi une vraie transformation. Il y a donc quelques chansons échappées des débuts de ma discographie. Des extraits avec lesquels je voyage depuis 20 ans. J'ai eu l'opportunité d'enregistrer deux concerts à Copenhague avec le Danish National Chamber Orchestra et ils ont constitué la base du disque. La symphonie apporte une espèce de fortification. Une vigueur. Une puissance. Elle verse l'adresse, l'habileté de 60 musiciens dans une chanson. Elle procure une ampleur inaccessible avec six personnes sur scène. Un même titre peut se faire agile en petit groupe et ferme avec un orchestre. Devenir un grand navire en mer et plus une petite embarcation. Ça lui donne de la présence. Si un texte parlé (le monologue Future Feminism) figure sur le disque, c'est que depuis deux ans, j'essaye d'attacher plus de résonance sociale et politique à mon travail. C'est le moment idéal pour chacun d'entre nous de participer vigoureusement à déterminer notre futur. Notre futur en tant qu'espèce, civilisation, communauté. Et d'essayer de nous réorganiser ensemble. D'être proactif, de ne pas se laisser aller à la passivité. De ne pas accepter notre monde comme des consommateurs amorphes mais de participer. Et c'est le cas aussi pour les musiciens. Les chanteurs sont considérés comme des gens émotionnellement intuitifs. Il est temps que tout le monde insuffle un vent nouveau pour qu'on puisse aller de l'avant." "Marina et moi sommes des amis de longue date. Elle est l'une des plus importantes et puissantes artistes au monde. Une pionnière moderne de la performance ( adepte de l'Art corporel, Abramovic repousse les limites du potentiel physique et mental, s'est lacérée, flagellée, a congelé son corps sur des blocs de glace... ndlr). Il y a beaucoup de parallèles entre nos travaux respectifs. Comme moi, elle cherche de la lumière. Souvent dans des circonstances difficiles. Comme moi, elle a un sens de la survie et je l'espère de la transcendance. Elle parle peu de sa vie. Ne contextualise jamais son travail. Elle dit que l'art n'a pas de genre. Et pourtant, je trouve dans son existence une incroyable résonance. Tellement d'aspects se rapportent, à mon sens, à l'histoire de la féminité dans la culture. Elle m'a proposé de m'investir dans The Life and death of Marina Abramovic ( spectacle présenté fin juin au Singel à Anvers, ndlr) il y a quelques années. Je ne savais pas trop comment approcher ce travail. J'étais un peu effrayé à l'idée de me lancer dans le théâtre. J'avais peu d'expériences dans le domaine excepté à travers mes propres £uvres. Ce fut formidable de bosser avec Robert Wilson et Willem Dafoe. Ecrire des chansons en ayant Marina à l'esprit était au début un challenge mais j'ai pu déterminer ce qu'était la pièce. Moins une vraie biographie qu'une utilisation de son histoire pour créer une narration." "Je suis grand fan. C'est l'une des artistes les plus talentueuses de New York. Elle travaille dur. Est extrêmement douée comme chanteuse et possède un sens du rythme incroyable. Digne de Beyoncé. J'ai essayé de chanter ses morceaux. J'en suis tout bonnement incapable. Je suis fier d'elle. C'est une belle personne. Une incroyable songwriter. On est amis depuis des années et on a collaboré sur pas mal de projets différents. Vous voulez évoquer la question des genres? Globalement, moins de 15 % de sièges dans les parlements à travers le monde sont occupés par des femmes. La direction empruntée par les systèmes qui nous organisent comme espèce ont été mis en place par les hommes. On doit intervenir. Et je pense que les femmes ont des solutions à apporter. Leur participation en masse changera notre culture. On n'a pas beaucoup de temps devant nous. La planète aura fondamentalement changé dans 15 ans. Les changements climatiques, la fin d'une telle biodiversité, la montée des océans... Nous en sommes vraiment à un moment critique dans la survie pas seulement de notre espèce mais de la vie sur terre. Le dialogue rationnel et traditionnel, qui est le domaine de l'homme en politique, a fini par produire assez d'armes nucléaires pour détruire 400 fois le monde. Une écologie qui mène la planète à son effondrement. Ce système est cassé." "Lou est l'un de mes meilleurs amis. Un ami extrêmement loyal et un incroyable poète. C'est lui qui m'a trouvé un deal avec une maison de disques. A un moment où il aurait dû se focaliser sur ses propres sorties, il s'est acharné à convaincre des mecs de me signer. Les dernières lettres qu'il leur a écrites les imploraient. Je pense que rien ne serait jamais arrivé sans Lou, son influence sur ma carrière et sur moi. J'ai fait partie de ses choristes. J'ai participé à l'enregistrement de The Raven en 2002 et je suis parti avec lui en tournée mondiale en 2003. J'ai beaucoup de respect pour lui. Il m'a donné de très bons conseils. Des conseils pour dealer avec le business de la musique. C'est un compagnon solide dans ma vie." "J'ai dessiné Christina's farm dans la maison de Bianca et Sierra (Coco et Rosie) en Camargue. Christina est en fait leur maman. C'est un endroit magique. Il y a ces chevaux, ces flamands roses, ce vent, cette incroyable luminosité. Les filles m'ont récemment invité à passer chez elle pour enregistrer la face B d'un de leurs maxis. Ce sont deux de mes meilleures amies. Elles sont des visionnaires. Encourageantes. Sans peur. Enfin peut-être pas sans peur, mais elles ne laissent en tout cas jamais la crainte les inhiber. C'est le plus important je pense. Qu'on ne lui permette pas de nous paralyser. Bianca et Sierra n'auront en ce sens jamais de regrets. Je suis de plus en plus à l'aise avec mon travail visuel. Je suis assez confus par rapport à ce que mes dessins signifient, ce qu'ils traduisent mais je me suis mis à bosser avec une galerie à New York. J'aime l'espace visuel. J'aime l'espace tout court. En tant qu'artiste, tu utilises les matériaux qui sont mis à ta disposition pour t'exprimer. Je n'essaie pas de briser les formats mais je ne les laisse pas m'enfermer." CUT THE WORLD, DISTRIBUÉ PAR ROUGH TRADE. **** RENCONTRE JULIEN BROQUET