En couronnant le film chinois Han Jia ( Winter Vacation), le jury du 63e Festival de Locarno a confirmé tout à la fois la curiosité de la manifestation pour les cinématographies lointaines et l'engagement dans une recherche de formes neuves, radicales, à rebours des conventions. Troisième film d'un cinéaste, poète et romancier de 34 ans, cette chronique à la fois cruelle, tendre et burlesque, de l'ennui dans une petite ville banale du nord de la Chine, exprime en longs (et très beaux) plans fixes, et avec un humour acide, les impasses d'une société accélérant follement dans certaines régions tout en multipliant ailleurs les laissés pour compte. Une £uvre assurément politique, pimentée de gags à la Laurel et Hardy, loin du cinéma narratif et posant, par son minimalisme assumé, un défi au spectateur. Le prix de la mise en scène et celui d'interprétation masculine, tous 2 attribués à Curling, confirment la tendance. Le film du Québécois Denis Côté, 37 ans, trace le portrait troublant d'un père (Emmanuel Bilodeau) élevant sa fille dans une maison en bordure de forêt, loin du fracas des villes. La gamine ne va pas à l'école. Et pendant que son paternel fait son job de technicien d'entretien (notamment dans un proche bowling), elle s'aventure dans les alentours. Au risque d'y découvrir un mystérieux charnier... Entre chronique décalée, attendrie, d'un quotidien à la marge comme les aiment Jarmusch ou les frères Coen, un film énigmatique et fascinant, observant sous la surface d'une existence sans grand remous les signes d'une horreur à la Twin Peaks... Avec ...