Dans un texte servant à introduire le travail de Kikie Crèvecoeur, l'écrivain Caroline Lamarche revient sur le fameux passage de Flaubert où l'auteur du sublime Un coeur simple aspire à toucher de la plume la fine pellicule qui sépare l'être et le néant. On connaît par coeur cette citation: " Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache...

Dans un texte servant à introduire le travail de Kikie Crèvecoeur, l'écrivain Caroline Lamarche revient sur le fameux passage de Flaubert où l'auteur du sublime Un coeur simple aspire à toucher de la plume la fine pellicule qui sépare l'être et le néant. On connaît par coeur cette citation: " Ce qui me semble beau, ce que je voudrais faire, c'est un livre sur rien, un livre sans attache extérieure, qui se tiendrait de lui-même par la force interne de son style." Lamarche a tout compris, c'est bien de ce registre minuscule que relèvent les estampes présentées au Salon d'Art. Jean Marchetti, le galeriste, évoque quant à lui un " travail quasi autistique", rythmé par la répétition, l'effacement, la gravure, l'empreinte et le tamponnage. Ce n'est pas le moindre des paradoxes de constater que la profondeur peut naître de la proximité, que la liberté s'échappe de la contrainte. Il saute aux yeux dès l'entrée que ce rien mentionné, cette économie de moyens assumée, c'est tout. C'est la canopée des arbres vue depuis les pieds des vivants piliers; c'est aussi la vertigineuse voûte étoilée qui nous fait remonter le temps aux origines du vivant; ce n'est pas moins la destruction qu'annoncent d'effrayants champignons de fumée. L'ordre importe peu, comme le suggère l'agencement des oeuvres dans les deux pièces accueillant l'accrochage: éternel retour. On reste muet devant ces compositions en forme de " confessions intimes" que l'artiste donne à voir brutes, débarrassées du couperet d'un cadre. Il faut savoir que chacune des pièces présentées est unique, ce dont on n'osait rêver. Enfin, on apprend que la musique est une source d'inspiration majeure. On imagine quelque chose comme le Fratres d'Arvo Pärt, un chant instrumental, dépouillé et ascensionnel, tourbillonnant et douloureux, cristallin et lancinant.