Johan Faerber est méchant. Très méchant. Très très méchant. Mais, parfois, lorsque le consensus est trop fort, il s'agit de la seule stratégie qui vaille -la méchanceté, et le grand rire un peu sadique qui l'accompagne. C'est du moins celle qu'a choisie Faerber pour s'attaquer à une figure si française qu'elle en a pris une odeur de camembert: le "grand écrivain". Si, le plus souvent, les noms qui l'incarn...

Johan Faerber est méchant. Très méchant. Très très méchant. Mais, parfois, lorsque le consensus est trop fort, il s'agit de la seule stratégie qui vaille -la méchanceté, et le grand rire un peu sadique qui l'accompagne. C'est du moins celle qu'a choisie Faerber pour s'attaquer à une figure si française qu'elle en a pris une odeur de camembert: le "grand écrivain". Si, le plus souvent, les noms qui l'incarnent semblent tout droit sortis d'un vieil exemplaire du Lagarde et Michard, il ne faut pas en déduire que l'idéal qu'il représente aurait disparu. Comme le montre le fondateur du webzine Diacritik dans ce nouvel essai, le moment de son enterrement coïncide même de manière curieuse avec son retour grimaçant -son come-back sous forme de spectre venant hanter non seulement les sphères lettrées, mais aussi les usages qui en sont tirés par tout un monde politique ou officiel. Le "grand écrivain" n'est peut-être plus cette figure, à la fois inspirée sur le plan artistique et visionnaire sur celui de la société, qui a fait les beaux jours de la littérature française, de Zola à Sartre. Mais il ne cesse pourtant de ressurgir sous la forme de celui qui dirait la vérité du monde (Houellebecq), des combats à mener (Despentes) ou des vies qui s'écrivent (Carrère). Dézinguant avec un brio remarquable dans la pique vacharde quelques-unes des statues du Commandeur qui ornent les cheminées de la nouvelle bourgeoisie cultivée, Faerber ne se contente toutefois pas de marquer des points au punching-ball. Derrière la polémique et le goût de la vanne, il y a bien un désir, aussi précis qu'exigeant, pour la littérature d'aujourd'hui: un désir de sa réconciliation avec un réel que l'idéal du grand écrivain ne cesse de forclore -un réel fracturé, que disent Nathalie Quintane, Camille de Toledo, Tanguy Viel, le regretté Joseph Pontus, et tant d'autres. Car se débarrasser du "grand écrivain", c'est retrouver le monde que la littérature, avec un "l" minuscule, est seule capable d'autopsier.