Si on a oublié de lui demander si le nom de son nouveau fanzine était une référence à la célèbre boîte de lunch japonaise, on a par contre bien tout compris des intentions de Pierre Maurel -lequel possède un pied dans l'indé (entre autres chez L'Employé du Moi), l'autre dans la BD plus classique ( Iba ou La Prof et l'Arabe chez Casterman), mais les deux toujours bien ancrés dans la terre et la réalité sociale: " Une revue parce qu'il n'en reste presque plus. Qui ne contient que des récits dans un contexte réaliste et contemporain, sur ...

Si on a oublié de lui demander si le nom de son nouveau fanzine était une référence à la célèbre boîte de lunch japonaise, on a par contre bien tout compris des intentions de Pierre Maurel -lequel possède un pied dans l'indé (entre autres chez L'Employé du Moi), l'autre dans la BD plus classique ( Iba ou La Prof et l'Arabe chez Casterman), mais les deux toujours bien ancrés dans la terre et la réalité sociale: " Une revue parce qu'il n'en reste presque plus. Qui ne contient que des récits dans un contexte réaliste et contemporain, sur des pages découpées en quatre strips minimum pour obtenir une vraie densité. La mode en fanzine est à faire de la rhizo ou du joli, parfois sans histoires. J'avais envie d'un truc dense, avec un arrière-goût social, qui ne propose pas que du divertissement ou des choses très urbaines." Soit l'exacte définition des bandes dessinées que l'on a effectivement pu découvrir dans les deux premiers numéros de Bento (il y en aura quatre par an), avec un casting qu'on peut qualifier d'enfer: Fighteuse de Matthias Lehmann, qui narre le quotidien d'une jeune SDF; le Cahier d'Estive de Maxim Cain, carnets d'un berger et de ses brebis; les souvenirs de Jérôme Bihan, éditeur de Radio as Paper et ici, surtout, ancien cuistot qui a bourlingué partout dans le monde et connu toutes les conditions de travail des commis; les récits autobiographiques et poignants de l'Américain Noah Van Sciver; ou encore le retour de Michel, l'intello-précaire et quadra déjà dessiné par Pierre Maurel, qui en profite pour exprimer ici tout le mal qu'il pense du principe du crowdfunding, " devenu les Restos du coeur de la BD". Sans oublier, dans ce deuxième numéro, un récit complet de Max de Radiguès, qui voit un vieil anar tenter de revenir aux affaires, et aux attentats, pour faire mieux que Daesh et se souvenir d'un temps " où la gauche aussi savait se faire entendre"... Tiré à 500 exemplaires, Bento est à vendre essentiellement par courrier, via le site de Radio as Paper. On peut aussi le trouver en dépôt dans quelques librairies, comme Tropismes ou Multi BD à Bruxelles, ainsi que dans les quelques festivals BD où sont présents l'éditeur toulousain Radio as Paper ou l'éditeur bruxellois L'Employé du Moi, qui fournissent à Pierre et à Bento le gros de leurs troupes. Un pur circuit de BD indé et de fanzinat qui ne doit pas effrayer les lecteurs peu habitués au genre: ils y trouveront une BD qui est à la fois de qualité et engagée, comme on a un peu perdu l'habitude d'en lire et d'en éditer. À voir la haute tenue de ces Bento, c'était un tort et un solide manque à combler.