La magie d'une pièce de théâtre, d'un concert et d'une partie de jeu vidéo s'arrête sitôt que leurs interprètes se taisent ou rangent leurs joypads. Patron de la compagnie suisse Extraleben, Ben Burger jouait de ce point commun insoupçonné pour confier le mode multi de GTA IV aux mains du public sur Yet Another World. Cette pièce avant-gardiste présentée il y a trois ans à Berlin n'a pas fait d'émules sur les planches, mais son aura perdurait, lors du game-concert bruxellois que Totorro and Friends dédiait au cultissime Another World, à l'Atelier 210, jeudi dernier.
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La magie d'une pièce de théâtre, d'un concert et d'une partie de jeu vidéo s'arrête sitôt que leurs interprètes se taisent ou rangent leurs joypads. Patron de la compagnie suisse Extraleben, Ben Burger jouait de ce point commun insoupçonné pour confier le mode multi de GTA IV aux mains du public sur Yet Another World. Cette pièce avant-gardiste présentée il y a trois ans à Berlin n'a pas fait d'émules sur les planches, mais son aura perdurait, lors du game-concert bruxellois que Totorro and Friends dédiait au cultissime Another World, à l'Atelier 210, jeudi dernier. De Jurassic Park au Voyage dans la Lune de Méliès, les ciné-concerts cartonnent ces dernières années, via des formules à gros budget ou intimistes. Les concerts symphoniques de B.O. de Zelda, Dragon Quest et autres Final Fantasy jouent à guichets fermés en Allemagne et au Japon. Originaires de Rennes, Totorro a la chic idée de s'écarter de ces démarches entendues pour composer la bande originale fantasmée d' Another World. Le groupe post-rock et math rock, représenté ici par deux de ses membres, met ainsi en musique ce miracle gaming technique, esthétique et narratif salué par le MoMA de New York. Écrite et développée par le concepteur Éric Chahi en 1991, cette fable fantastique entre exploration, shooter, puzzle game et plate-forme s'anime sur un grand écran de projection, derrière les membres de Totorro sur scène. Des crissements de guitares quand le héros se plante, un tempo qui s'emballe lors d'une course-poursuite, des breaks au moindre game over... Scrupuleusement raccord avec l'action à l'écran, le groupe breton aligne des tranches de partie dérogeant parfois à la chronologie du jeu, sur une quarantaine de minutes. "On s'est enfermé dans une pièce pendant trois semaines. On commençait par pratiquer le jeu sur une station de captation d'images, détaille Antoine Biotteau, le guitariste du projet. Ces vidéos étaient directement envoyées au poste de maquettage musical. Bertrand, notre batteur, avait une grille rythmique dans la tête et nous orientait sur le rythme à adopter pendant les parties."À deux reprises, des passages psychédéliques voient Lester Chaykin, le héros du jeu, tomber dans des océans de glitchs absents de l'oeuvre originale. "C'est surtout l'occasion de se faire plaisir, de prendre le temps sans contrainte sur scène", avoue Antoine Biotteau. En calant ses notes à l'action, Totorro vit de fait une dictature de l'image qui happe d'ailleurs toute l'attention du public. Leur formule réinterprète l'idée de ciné-concert dans un format gaming sans réinventer la roue, mais elle ouvre la porte à d'autres expériences croisant musique et jeu vidéo. Le collectif lillois Shiko Shiko tremble ainsi entre concert post-punk, gaming et talk-show autour de Teenage Mutant Ninja Turtles: Turtles in Time. Il y a quelques années, les soirées Dirtygon mélangeaient jeu et clubbing au feu Potemkine à Bruxelles. De l'autre côte de l'Atlantique, les soirées Marioké chantent comme des karaokés sur scène où le public reprend en coeur des tubes pop eighties dont les paroles ont été réécrites en hommage à Zelda et autres Mario Kart. Concert, clubbing et théâtre: le jeu vidéo ouvre la fenêtre. On respire.