Emboîtant obstinément le pas à un personnage engagé sur une voie dont l'absence d'issue ne fait guère de doute, Oslo August 31st est le genre de film qui laisse une empreinte profonde sur le spectateur. Soit une forme de concentré de la dépression contemporaine, trouvant encore les arguments esthétiques d'un propos à la noirceur assumée. Derrière cette £uvre puissante, un jeune réalisateur norvégien, Joachim Trier, un patronyme et le talent en commun avec Lars. Et pas tout à fait un inconnu, son premier long, Reprise, s'étant taillé un joli succès dans le circuit des festivals. Au point, d'ailleurs, de lui valoir des propositions outre-Atlantique: Oslo August 31st, son second film, il s'y est attelé dans les creux d'un projet américain, Louder than Bo...

Emboîtant obstinément le pas à un personnage engagé sur une voie dont l'absence d'issue ne fait guère de doute, Oslo August 31st est le genre de film qui laisse une empreinte profonde sur le spectateur. Soit une forme de concentré de la dépression contemporaine, trouvant encore les arguments esthétiques d'un propos à la noirceur assumée. Derrière cette £uvre puissante, un jeune réalisateur norvégien, Joachim Trier, un patronyme et le talent en commun avec Lars. Et pas tout à fait un inconnu, son premier long, Reprise, s'étant taillé un joli succès dans le circuit des festivals. Au point, d'ailleurs, de lui valoir des propositions outre-Atlantique: Oslo August 31st, son second film, il s'y est attelé dans les creux d'un projet américain, Louder than Bombs. "La Norvège n'a pas été touchée autant que d'autres pays par la crise financière, commence-t-il, alors qu'on le cueille au lendemain de la projection de son film au festival de Cannes, dans le cadre de Un Certain Regard. Et avec mon scénariste, Eskil Vogt, nous avons été en mesure de boucler un film rapidement. Le paradoxe veut qu'on ait commencé en voulant faire quelque chose de très personnel, mais qu'il nous ait aussi fallu travailler très vite. Nous aimions Le feu follet depuis longtemps, et pensions pouvoir tirer de cette histoire classique un film à la fois pertinent et personnel." Comparaison n'est certes pas raison. Mais aurait-on le moindre doute quant à ce dernier point qu'un retour au film que réalisa Louis Malle en 1963 d'après le même roman de Pierre Drieu La Rochelle suffirait à le dissiper. Sous un même vernis existentialiste, ce sont 2 visions singulières qui s'expriment, en un entrelacs de convergences et de différences. Celle de Trier se déploie dans la capitale norvégienne cernée à 2 époques, dans le souvenir des années 70, d'une part, et dans un présent arborant les couleurs d'un été finissant, d'autre part. "Oslo est une ville en pleine mutation, poursuit Trier. Et il y a quelque chose d'étrange à la voir en train de changer, l'apparition de nouveaux immeubles coïncidant avec la disparition progressive du sens de l'histoire. Je voulais faire le portrait de cette ville." Et prendre la mesure de son impact sur ceux qui y vivent, au premier rang desquels Anders, protagoniste central du film -un junkie en passe de décrocher que le film accompagne dans sa marche incertaine sur le fil des aspérités de l'existence, sans plus de ressort que celui de l'impuissance, en une perspective nihiliste toute contemporaine. Et un cadre inspiré de l'environnement direct du réalisateur, la classe moyenne norvégienne et les amis parmi lesquels il a grandi: "Il est important d'être précis. C'est à condition de parler avec précision de ce que l'on connaît que cela va apparaître précis aux autres." Ou comment, en d'autres termes, tirer le singulier vers l'universel. S'il a le regard assurément aiguisé, Joachim Trier le doit aussi à ses années passées à la British National Film and Television School. "Quand j'ai quitté Oslo pour Londres, c'était une ville que je détestais, et où je pensais ne jamais pouvoir tourner. J'y suis revenu avec un regard neuf. Il faut partir de chez soi pour grandir, et revenir ensuite. Comme Parsifal", sourit-il. Avant d'ajouter à l'emprunt au mythe les vertus redécouvertes du réalisme. "A l'école, Ken Loach était un dieu, on n'y jurait que par le réalisme social. Pour ma part, j'y étais opposé: j'avais établi une dichotomie voulant que la poésie ne puisse exister que dans les films mettant l'accent sur la forme. Le réalisme d'évier de cuisine, tel que je le voyais alors, m'apparaissait comme un langage plus conventionnel de cinéma, et donc plus conservateur, par surcroît tourné exclusivement vers le contenu, ce qui ne m'intéressait pas. Jusqu'au jour où j'ai vu Kes et que j'ai compris qu'au milieu de cette tradition réaliste, existait aussi une vision bressonienne de la solitude humaine, impliquant le silence et les mouvements, la pureté du cinéma." Précepte mis à l'£uvre avec maestria dans Oslo August 31st; question de feu sacré plutôt que follet, en la circonstance... l RENCONTRE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS, À CANNES