God's Own Country, le film qui avait révélé Francis Lee en 2017, voyait le réalisateur britannique s'immiscer dans le quotidien d'un jeune fermier du Yorkshire dont l'horizon intime était bouleversé par l'arrivée d'un saisonnier roumain. Privé de sortie en salles en raison du Covid mais désormais disponible en VOD, Ammonite, son deuxième long métrage, adopte un schéma voisin. L'action se situe cette fois à Lyme Regis, dans le Dorset, à l'orée des années 1840, et s'attache plus particulièrement à Mary Anning (Kate Winslet), paléontologue autodidacte dont le ...

God's Own Country, le film qui avait révélé Francis Lee en 2017, voyait le réalisateur britannique s'immiscer dans le quotidien d'un jeune fermier du Yorkshire dont l'horizon intime était bouleversé par l'arrivée d'un saisonnier roumain. Privé de sortie en salles en raison du Covid mais désormais disponible en VOD, Ammonite, son deuxième long métrage, adopte un schéma voisin. L'action se situe cette fois à Lyme Regis, dans le Dorset, à l'orée des années 1840, et s'attache plus particulièrement à Mary Anning (Kate Winslet), paléontologue autodidacte dont le travail devait faire autorité, un spécimen d'ichtyosaure découvert par ses soins étant d'ailleurs exposé au British Museum. Moins toutefois que la vérité historique, c'est celle des sentiments qui intéresse Lee. Et si le film est inscrit dans le quotidien austère de Miss Anning, partagé entre la petite boutique dont elle s'occupait avec sa mère Molly (Gemma Jones) et la recherche opiniâtre d'ammonites sur des côtes battues par les vents et les embruns, c'est pour s'écarter aussi vite de la biographie stricto sensu. Et s'arrêter à la relation que l'auteur lui prête avec Charlotte Murchison (Saoirse Ronan), jeune femme fragile et fortunée débarquée de Londres avec un mari trop heureux de pouvoir la laisser derrière lui sous couvert de convalescence. Si Mary se montre dans un premier temps peu encline à accueillir cette pensionnaire au teint diaphane, la glace, insensiblement, se craquelle, libérant une passion trop longtemps réprimée... Difficile, à la découverte d' Ammonite, de ne pas penser à l'étincelant Portrait de la jeune fille en feu, que signait Céline Sciamma il y a trois ans. Au-delà de la parenté thématique évidente, Francis Lee réussit à donner à son film une couleur personnelle, entourant les évolutions de ses personnages d'une pudeur presque ascétique, et trouvant dans la retenue le carburant d'une relation à combustion lente. De celles où un simple frôlement suffit à générer le trouble, tandis qu'un échange de regards se révèle plus éloquent que de longs discours. Ce feu qui couve, tant Kate Winslet que Saoirse Ronan brillent à l'entretenir avec un luxe de nuances, comme pour mieux libérer l'ardeur des sentiments qui les étreignent. D'une force que l'on jurerait inexorable, leur passion fleurit avec une évidence que Francis Lee enrobe d'une lumière romantique délicatement enivrante. Et le film, s'il est inscrit dans son époque, résonne aussi avec le présent, saluant une scientifique s'imposant, l'air de rien, dans un monde d'hommes, tout en célébrant une histoire d'amour au féminin qui s'écrit au mépris des conventions sociales d'alors, intemporelle et brûlante.