À force de s'extasier, à juste titre, sur les travaux de Luc Tuymans et de Michaël Borremans, montrés à l'envi, on a tendance à oublier que la Flandre possède une autre signature majeure en matière de tableaux inoubliables: Jan Van Imschoot (Gand, 1963). Est-ce parce que l'artiste vit en France depuis 2013 qu'il ne bénéficie pas de la même mécanique promotionnelle ou est-ce parce son oeuvre le tient naturellement à part de la scène picturale contemporaine? Difficile à dire. Il reste que Van Imschoot pratique une esthétique aussi géniale que flamboyante qui bluffe par sa versatilité, sa propension à s'inventer autre aussi souvent que possible...

À force de s'extasier, à juste titre, sur les travaux de Luc Tuymans et de Michaël Borremans, montrés à l'envi, on a tendance à oublier que la Flandre possède une autre signature majeure en matière de tableaux inoubliables: Jan Van Imschoot (Gand, 1963). Est-ce parce que l'artiste vit en France depuis 2013 qu'il ne bénéficie pas de la même mécanique promotionnelle ou est-ce parce son oeuvre le tient naturellement à part de la scène picturale contemporaine? Difficile à dire. Il reste que Van Imschoot pratique une esthétique aussi géniale que flamboyante qui bluffe par sa versatilité, sa propension à s'inventer autre aussi souvent que possible. Pour cette raison et pour beaucoup d'autres, il mérite autant d'être reconnu par ses pairs (Luc Tuymans en a fait l'éloge à maintes reprises) que par le grand public qui trop souvent encore le méconnaît. Quiconque aurait des réserves face à cette patte "anarcho-baroque" haute en couleur devrait se rendre d'emblée à la galerie Templon pour y recevoir une leçon magistrale de peinture. Dès l'extérieur, dans la cour qui mène à la galerie, les multiples tableaux, des natures mortes aux fonds sombres ponctués d'éclats de couleurs appétissants et de béances vermillon, séduisent le visiteur. L'appel est fort, il est celui du confort matériel et contemplatif. Ces visions apaisantes donnent envie de prendre place aux différentes tables dressées pour assister à ces festins d'ogres que l'on imagine hanter l'imaginaire du maître flamand. " Ce sont toujours les bourgeois qui font les meilleurs anarchistes", nous avait confié l'intéressé à propos de Amore Dormiente, sa précédente exposition. Pas de doute, Le Bouillon de onze heures persiste dans cette veine trouble-fête. S'appuyant sur une érudition artistique notoire, en l'occurrence les toiles de l'École du Nord du XVIIe siècle telles qu'elles ont culminé chez un Willem Claeszoon Heda (environ 1593-1680), Van Imschoot donne à voir une série de toiles codifiées jusque dans le moindre détail. Ce qui est montré dissimule une autre réalité plus crue, plus cruelle. On se laisse charmer par l'atmosphère générale d'abord, le peintre y déploie toute sa maîtrise des volumes et des chromatismes, puis l'on regarde dans le détail et apparaissent les métaphores sexuelles et le discours sur l'époque actuelle. Exactement de la même manière que pouvaient le faire autrefois les amateurs qui se regroupaient autour d'un tableau pour le commenter entre la poire et le fromage. Ici, un os turgescent qui s'enfonce dans la chair rouge d'un jambon ne laisse aucun doute quant au type d'évocation suggérée. Là, une moule grivoise et, plus loin, un citron ouvert suggère une paire de seins. La technique remarquable du Gantois lui permet d'incroyables compositions -par exemple, dans Le Déménagement des temps, quand il intègre sans rupture Notre-Dame en proie aux flammes et une scène de banquet. Le tout met l'imagination en branle, qui s'applique à tout interpréter, bien consciente de la nature ambiguë de l'ensemble, à l'image du titre qui désigne le dernier repas, tantôt empoisonné, tantôt réconfortant, d'un mourant.