Depuis quinze ans, Hugo Boris consigne ses impressions lors de ses déplacements dans le métro parisien. L'ensemble formant un herbier disparate dont le message caché va lui exploser à la figure. " Le regard, dans le choix de ses arrêts, révèle en creux une personnalité: la mienne, celle d'un lâche, d'un spectateur qui n'inte...

Depuis quinze ans, Hugo Boris consigne ses impressions lors de ses déplacements dans le métro parisien. L'ensemble formant un herbier disparate dont le message caché va lui exploser à la figure. " Le regard, dans le choix de ses arrêts, révèle en creux une personnalité: la mienne, celle d'un lâche, d'un spectateur qui n'intervient presque jamais chaque fois qu'il le devrait." Mis bout à bout, ces instantanés de la vie sous terre, haut lieu des tensions sociales, composent un autoportrait sans complaisance d'un individu s'interrogeant sur ses peurs profondes, partagées par tous ceux qui redoutent comme la peste les éruptions de violence dans l'espace public. C'est d'abord la sidération de sa passivité qui le frappe. Notamment quand, en 2007, alors qu'il vient pourtant de passer sa ceinture noire de karaté, une agression dans le RER le laisse tétanisé. " Je reste ahuri, la bouche sèche, fasciné par ma propre absence." Femme insultée sans raison, altercation avec des contrôleurs... Hugo Boris énumère ces situations inflammables dont il a été le témoin, décryptant les ressorts de sa passivité à la lumière d'une introspection perméable à l'humour et des explications comportementalistes puisées dans... Dragon Magazine. Il regarde aussi avec admiration ces héros ordinaires qui, sans en avoir nécessairement l'étoffe physique, volent instinctivement au secours des victimes. Un travail minutieux et passionnant sur la fragilité de soi qui ne fera pas de Hugo Boris un justicier à toute épreuve, mais qui lui permet au moins de retrouver un semblant de confiance en lui.