Conséquence imprévue de la pandémie, il y a fort à parier que dans son sillage, la Covid-19 donnera naissance à quelques petites collusions miraculeuses. Comprendre: la possibilité pour une proposition de faire sens au carré à la lumière de la situation actuelle. La double preuve avec cette exposition consacrée à Thierry Lenoir (1960). D'abord, la prolongation de l'accrochage jusqu'au 11 juillet permet de mesurer la fidélité d'un galeriste pour ses artistes -ce qui fait du bien dans un secteur, celui des arts plastiques, où l'on regrette parfois l'absence de cohésion. Pas question pour Jean Marchetti d'inscrire son poulain dans la case "pertes e...

Conséquence imprévue de la pandémie, il y a fort à parier que dans son sillage, la Covid-19 donnera naissance à quelques petites collusions miraculeuses. Comprendre: la possibilité pour une proposition de faire sens au carré à la lumière de la situation actuelle. La double preuve avec cette exposition consacrée à Thierry Lenoir (1960). D'abord, la prolongation de l'accrochage jusqu'au 11 juillet permet de mesurer la fidélité d'un galeriste pour ses artistes -ce qui fait du bien dans un secteur, celui des arts plastiques, où l'on regrette parfois l'absence de cohésion. Pas question pour Jean Marchetti d'inscrire son poulain dans la case "pertes et profits". Ensuite, la crise que nous traversons incite à jeter un regard différent sur les oeuvres proposées. Car, n'en déplaise à l'importante place qu'occupe le sombre dans son oeuvre gravée, tout s'éclaire quand vient Lenoir (1960). Qu'on nous pardonne cette formule facile mais force est de reconnaître qu'elle fait sens. Là où les agencements en noir et blanc appellent souvent à une dramatisation facile, à une lamentation grandiloquente, le travail de cet artiste originaire de Soignies démonte soigneusement le cliché. L'homme le déploie avec talent à l'occasion de cette seconde monstration que lui consacre Jean Marchetti -la première s'était déroulée en 2002, juste après l'illustration d'un recueil de nouvelles, Du début à la fin, signé Pascale Fonteneau et forcément paru aux éditions La Pierre d'Alun- dont on ne saurait trop recommander la visite. The Blues-Black Note invite à toiser l'angoisse, à se libérer de la peur panique de se déglinguer -une fatalité à brève, moyenne ou plus longue échéance- le temps d'un jubilatoire éclat de rire. Se moquer avec Lenoir de l'inévitable nous fera gagner en dignité: ce qui nous arrive est loin d'être la fin du monde, c'est seulement la fin de notre "petit monde" insignifiant. Varié, l'accrochage présente une sélection quasi inédite de gravures sur bois, denses et texturées à souhait, qui s'étalent entre 1991 et 2020. Le regard se porte sur le travail le plus récent en ce qu'il réjouit. Avec beaucoup d'autodérision, Thierry Lenoir nous offre une salutaire leçon d'anatomie à la faveur de cinq remarquables compositions. Rembrandt et sa triomphante mise à nu du muscle fléchisseur sont loin, tout comme les forces métaphysiques à l'oeuvre chez Francis Bacon. Ici le corps, celui de l'artiste, se détraque sur fond de farce médiévale grinçante. Qu'il s'agisse du Diabète, de La Vésicule (notre photo), du Corps flottant ou de La Dent, on assiste au naufrage, bourré de détails, d'un être trahi par ce qu'il pensait être un fidèle compagnon -dont il a probablement divorcé à son insu à coups d'excès, comme le prouve le très beau Ivre "S" n°1, estampe-ode aux bars assassins où l'Orval coule à flot. Ça dégouline, surchauffe, suinte, se décompose, vrille... Aucune surprise au bout de ce processus douloureux comme une aiguille enfoncée dans la gencive puisque c'est bien la mort, matérialisée par un corbillard et des squelettes, qui se profile comme la seule issue possible à cette auto-combustion programmée.