Il ne suffit pas de citer le théoricien canadien de la communication Marshall McLuhan et sa phrase la plus emblématique -" The medium is the message"- pour faire sens dans une chanson. Mais lorsque débarque la citation, portée par une voix de stentor, on en est à la cinquième plage sur onze de l'album d'Ikoqwe. On a donc déjà largement compris que ce kaléidoscope musical n'a rien de futile. Même si l'un des éléments essentiels de ce voyage pluriel est une scansion rap boulimique: un cheval métrique qui galope dans le vaste champ ...

Il ne suffit pas de citer le théoricien canadien de la communication Marshall McLuhan et sa phrase la plus emblématique -" The medium is the message"- pour faire sens dans une chanson. Mais lorsque débarque la citation, portée par une voix de stentor, on en est à la cinquième plage sur onze de l'album d'Ikoqwe. On a donc déjà largement compris que ce kaléidoscope musical n'a rien de futile. Même si l'un des éléments essentiels de ce voyage pluriel est une scansion rap boulimique: un cheval métrique qui galope dans le vaste champ lexical portugais. Celui qui unit l'Angola, mère des deux Ikoqwe, au colonisateur et, bien évidemment, au continent brésilien. Cette langue aux arrondis arrachés pulse comme l'anglais, vibre de soleil africain, trouve la zone juste entre voracité et sensualité. Et se glisse d'impressionnante façon dans le mille-feuille que constitue chacun des titres du disque. Manière aussi de dire que les ex-fans de rap old school peu satisfaits des expressions actuelles, à quelques exceptions près façon Stormzy, retrouvent là, une énergie qui n'a rien de fossile. Un peu comme on en revient toujours aux basiques rock'n'roll (Little Richard, Chuck Berry, Elvis), ce groove vocal-là possède quelque chose d'inusable, d'intemporel et de fort. Mais pas de confusion, cette entreprise n'a rien du trip nostalgia. Elle transcende ses composants, y compris celui du rap. Et ce, dans une histoire qui raconte la saga de " deux personnages de fiction qui débarquent d'un espace-temps à des années-lumière de notre réalité" . À la base de la dinguerie -il faut écouter le single Pele (peau en portugais)-, il y a donc Batida. Angolais exilé à Lisbonne, il est artiste solo mais aussi producteur, notamment du dernier album de Konono N°1. Il y a d'ailleurs ici une évidente parenté avec le tradi-modern du groupe congolais dans l'utilisation d'instrus ancestraux ramenés à l'électricité actuelle. Ikowqe sonne donc volontiers comme une décharge d'ikembé, le piano à pouces, mais dans un contexte sonore bien plus large. Non seulement via le rap, l'accompagnement électronique, les liens au monde lusophone mais aussi via ce que posent les textes du disque. En utilisant les archives sonores de l'International Library of African Music (ILAM) -des sons enregistrés dans les années 50 par l'ethno-musicologue Hugh Tracey-, Ikoqwe ne rend pas seulement hommage au passé de son pays, il questionne le destin de l'Angola, grand comme 40 fois la Belgique et indépendant du Portugal seulement depuis 1975... Dans un palpitant voyage où le medium est bel et bien le message.