En mars dernier, les Swans sortaient What Is This?, un disque pressé à 2 500 exemplaires et destiné à collecter des fonds. Pas spécialement pour servir une bonne cause. Quoique. Chacun sa manière de voir les choses. Il s'agissait ni plus ni moins que de financer l'enregistrement du nouvel album des Swans... Ou peut-être devrait-on dire du Swan.
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En mars dernier, les Swans sortaient What Is This?, un disque pressé à 2 500 exemplaires et destiné à collecter des fonds. Pas spécialement pour servir une bonne cause. Quoique. Chacun sa manière de voir les choses. Il s'agissait ni plus ni moins que de financer l'enregistrement du nouvel album des Swans... Ou peut-être devrait-on dire du Swan. Désireux de surmonter la monotonie, l'absence de surprise que finissent par imposer le temps et les habitudes qui vont avec, Michael Gira a redistribué les cartes et dissout la plus longue incarnation de son groupe (2010-2017). Il est désormais seul maître à bord, a momentanément enterré l'idée d'un line-up fixe, et collabore avec divers musiciens qu'il choisit au gré des morceaux, de ses envies et de leurs besoins. À l'hiver 2017, après avoir donné un ultime concert au Warsaw, à Brooklyn, et dormi pendant ce qui lui a semblé durer six mois, Gira s'est mis à écrire des titres pour un nouveau Swans. Il a enregistré des démos, immortalisé des versions squelettiques à la guitare acoustique, les a vendues pour engranger un petit peu de blé (vive le crowdfunding) et puis s'en est servi comme de patrons à la fabrication collective des chansons. Leaving Meaning n'est pas un album solo. Loin s'en faut. Gira y a convié des Swans d'hier et d'antan (Christoph Hahn, Larry Mullins, un petit peu moins Norman Westberg, Christopher Pravdica et le viking Thor Harris). Mais aussi une liste assez prestigieuse d'invités. Il y a Anna et Maria von Hausswolff qui viennent assurer des choeurs, le trio de jazz expérimental australien The Necks qui a participé aux fondations de deux chansons, l'électronicien Ben Frost passé jouer de la guitare, des synthés et manipuler le son (Gira est fan de sa BO pour la série allemande de science-fiction Dark), la flamboyante Baby Dee qui chante The Nub (même si l'artiste transgenre a décidé d'arrêter sa carrière scénique) et les arrangements plus ou moins discrets d'A Hawk and a Hacksaw. Comme d'habitude avec les Swans, l'écoute est exigeante. Leaving Meaning déjà est un double album. Il ne compte que douze morceaux mais s'étire sur plus d'une heure et demie, quatre d'entre eux dépassant les dix minutes. Les débuts son paisibles, contemplatifs, semblent accompagner un passage émerveillé dans l'au-delà. La découverte d'un paradis perdu. Puis, avec The Hanging Man et son côté vaguement oriental, le ciel s'obscurcit. L'inquiétude devient palpable. La voix de Gira se fait glaçante. Fausse alerte? Dans le calme ( Amnesia) comme dans la tempête (l'hallucinant Sunfucker), Leaving Meaning explore les profondeurs, renvoie tantôt au Johnny Cash des American Recordings, tantôt à un Nick Cave que la vie aurait épargné, que la mort d'un fils n'aurait pas anéanti et ramolli. Un Cygne fort...