"Ma voix a changé depuis que j'ai arrêté la cigarette il y a sept ans, elle est plus grave, elle est descendue d'un demi-ton, et puis j'ai beaucoup moins de crèves qu'avant, explique Arno en son quartier général de L'Archiduc, rue Antoine Dansaert, et c'est bien l'une des choses à laquelle les différents producteurs avec lesquels j'ai travaillé depuis les années 70 n'ont pas touché. Ma voix." Sur le nouvel album studio, Future Vintage ( lire critique page 34), le chant d'Arno est bien là, identifiable par ses teintes rauques, ses grognements glaiseux, cette façon éraillée de raconter le monde, via une potée unique de tendresse, de surréalisme et d'humour bâtard. " Quand les bonbons parlent, le cerveau bande", chante-t-il naturellement sur la seconde plage d'un disque court, 34 minutes, mais vaillant. Célèbre pour sa collaboration longue durée avec PJ Harvey, le producteur anglais John Parish en a conçu une approche organique, ajoutant...

"Ma voix a changé depuis que j'ai arrêté la cigarette il y a sept ans, elle est plus grave, elle est descendue d'un demi-ton, et puis j'ai beaucoup moins de crèves qu'avant, explique Arno en son quartier général de L'Archiduc, rue Antoine Dansaert, et c'est bien l'une des choses à laquelle les différents producteurs avec lesquels j'ai travaillé depuis les années 70 n'ont pas touché. Ma voix." Sur le nouvel album studio, Future Vintage ( lire critique page 34), le chant d'Arno est bien là, identifiable par ses teintes rauques, ses grognements glaiseux, cette façon éraillée de raconter le monde, via une potée unique de tendresse, de surréalisme et d'humour bâtard. " Quand les bonbons parlent, le cerveau bande", chante-t-il naturellement sur la seconde plage d'un disque court, 34 minutes, mais vaillant. Célèbre pour sa collaboration longue durée avec PJ Harvey, le producteur anglais John Parish en a conçu une approche organique, ajoutant à la matière préparée par Arno et Feys sa propre dramatisation. " John me disait que si je voulais encore faire une prise de voix, c'était ok, mais la plupart du temps, on en faisait peu. Quand j'ai commencé à chanter "professionnellement" dans Freckleface, il y a 40 ans, je chantais comme si j'avais un poing dans le cul (sic). Ma voix s'est libérée avec les concerts, personne ne m'a jamais dit comment chanter. Et je respire avec mon ventre, pas avec la gorge. " Aux débuts discographiques de 1972, il y a donc l'album de Freckleface, premier groupe d'Arno. On y entend une sorte de blues cramoisi, blanc et rugueux, la prestation vocale d'Arno évoquant la cousine d'un chat étranglé. " C'était une aventure dans le temps, un peu comme Stanley au Congo Belge (sic), on a enregistré le disque à Gand (dans le réfectoire d'une école de jeunes filles, ndlr) avec un studio mobile qui n'avait jamais enregistré de rock, uniquement des fanfares et des chanteurs de charme. Il n'y avait pas de prise de terre, donc notre bassiste est presque mort, électronisé (sic)." Le bassiste a survécu et de très rares exemplaires de cet unique LP de Freckleface, également. A l'étape suivante, Tjens-Couter, formation menée en duo puis en groupe avec le guitariste Paul Couter (avant l'arrivée de Jean-Marie Aerts), Arno découvre le studio Morgan de Bruxelles. " C'était le même qu'à Londres, Il y avait Mike Butcher comme ingénieur du son (lire par ailleurs), les techniciens étaient encore en blouse blanche comme les pharmaciens, il y avait un tea-boy et d'énormes bandes Ampex que l'on coupait aux ciseaux. C'est marrant parce qu'avec Parish, on a enregistré dans un studio à Bristol où il a ses habitudes sur une vieille table de mix des années 70, un truc vintage dans une cave, à quatre, moi, Serge, un bassiste formidable -qui a joué avec Robert Plant- et Parish qui joue de la batterie et des guitares en plus de produire l'album." Arno possède un ordinateur depuis deux, trois ans seulement. "On l'a convaincu que c'était bien pour les e-mails, explique Serge Feys, rencontré en 1979 à Ostende pendant la formation de ce qui allait devenir TC Matic, même s'il les reçoit mais ne répond jamais (rires). Ces dix dernières années, Arno et moi avons presque tout fait en coproduction. Arno ne comprend rien à la technique parce que je crois que cela l'arrange de ne rien y comprendre. Cela ne sert à rien de discuter avec lui en studio, s'il a une idée, on l'essaie, et puis on l'écoute. Arno est old school mais il sait parfaitement ce qu'il ne veut pas." Avec TC Matic puis en solo, Arno découvre l'ICP, studio ixellois qui devient sa résidence secondaire pro au long des années 80-90: " C'est l'un des meilleurs studios du monde, ils ont toutes les guitares qui existent, tous les instruments et amplis vintage, une piscine, des appartements où tu peux dormir et une délicieuse cuisine." Et pour Arno, un argument choc: un lieu cocoon où il se sent protégé des assauts extérieurs, de ces imprévus étrangers qu'il n'aime pas. D'où sa relation privilégiée avec le proprio de l'ICP, John Hastry. Fidélité qui connaîtra des creux -la rupture avec le guitariste Jean-Marie Aerts- mais qui, aujourd'hui, reste toujours une qualité majeure de la petite entreprise. On pense à l'inamovible management (Talent Sorcier du moyennement sympathique Cyril Prieur) ou aux photos officielles faites depuis des décennies par son pote de la Mer du Nord, Danny Willems, qui signe une nouvelle fois images et pochette surréalisante de Future Vintage. En John Parish et les deux semaines d'enregistrement cru à Bristol, la bande a trouvé une sorte de cousin briton, maître du son qui privilégie le live tout en apportant un raffinement qui s'entend. " Enregistrer un album me permet de faire des concerts, reprend Arno, j'y suis complètement accro, sans les concerts, je ne suis rien. Je ne fais pas de sport, je suis le chanteur d'Arno, j'ai besoin de cela mentalement et physiquement, je n'ai pas de hobby, mes deux enfants sont grands et n'aiment pas que je parle d'eux (sourire) , il ne me reste que la scène, pour mon corps et mon esprit." TEXTE PHILIPPE CORNET