Figure emblématique de la culture japonaise, illustre bushi doublé d'un philosophe, peintre et calligraphe ayant évolué au début de l'époque Edo, au XVIIe siècle, Miyamoto Musashi a fait l'objet d'un nombre incalculable d'oeuvres -estampes, pièces de théâtre, romans, films, mangas ou autres jeux vidéo- inscrites au confluent du mythe et de la réalité, et ayant largement contribué à entretenir sa légende. Parmi les dizaines de films lui ayant été consacrés -dont l'un par Kenji Mizoguchi, en 1944, le dernier en date étant signé de Yasuo Mikami en 2019-, aucun, sans doute, n'a attein...

Figure emblématique de la culture japonaise, illustre bushi doublé d'un philosophe, peintre et calligraphe ayant évolué au début de l'époque Edo, au XVIIe siècle, Miyamoto Musashi a fait l'objet d'un nombre incalculable d'oeuvres -estampes, pièces de théâtre, romans, films, mangas ou autres jeux vidéo- inscrites au confluent du mythe et de la réalité, et ayant largement contribué à entretenir sa légende. Parmi les dizaines de films lui ayant été consacrés -dont l'un par Kenji Mizoguchi, en 1944, le dernier en date étant signé de Yasuo Mikami en 2019-, aucun, sans doute, n'a atteint la notoriété de la trilogie réalisée au mitan des années 50 par Hiroshi Inagaki, avec Toshiro Mifune dans le rôle principal. Adaptée du roman Musashi, d'Eiji Yoshikawa, publié sous forme de feuilleton dans le courant des années 30 (et paru en deux tomes en français, La Pierre et le Sabre et La Parfaite lumière), la geste de Musashi y prend la forme d'une vaste fresque épique, un récit d'aventures pavant la voie du samouraï d'embûches nombreuses. L'épisode initial, La Légende de Musashi s'ouvre alors que, se morfondant dans son village avec son ami Matahachi, le jeune Takezo décide d'aller chercher la gloire au combat. La bataille de Sekigahara les laisse du côté des vaincus, moment où leurs destins empruntent des chemins opposés: tandis que son compagnon trouve refuge chez une veuve et sa fille, Takezo, fort de ses qualités exceptionnelles, décide d'aller à la rencontre de son destin de samouraï. Une quête n'allant pas sans de multiples épreuves, tant physiques -sa notoriété croissante lui vaut d'être provoqué en duel par d'innombrables guerriers- que morales, puisqu'il lui faudra, une fois rebaptisé Miyamoto Musashi, faire l'apprentissage de la sagesse, indispensable compagne de la force suivant l'enseignement du moine Takuan. Non sans que sa vocation de samouraï errant ne vienne contrarier sa romance avec Otsu... De ce récit chevaleresque classique, Inagaki tire une trilogie que porte un souffle puissant, en transcendant les multiples péripéties pour mieux tutoyer le mythe. Un mouvement qui s'amplifie au gré des épisodes, la mise en scène gagnant en majesté opératique à mesure que la quête du héros -impérial Toshiro Mifune- se fait plus intérieure, le réalisateur jouant avec maestria de l'étirement du temps et de la suspension de l'action. Et de signer l'une des oeuvres majeures du chambara, ou film de sabre japonais, une saga dont la stupéfiante beauté a allègrement traversé les époques: le somptueux duel avec Sasaki Kojiro vers lequel est tendu La Voie de la lumière annonce le cinéma d'un Sergio Leone. Et l'on peut, comme le suggère Pascal-Alex Vincent dans l'un des bonus complétant ce coffret, voir dans Musashi l'une des influences de Star Wars.