À l'origine de Séjour dans les monts Fuchun, le premier long métrage de Gu Xiaogang, cinéaste chinois autodidacte âgé de 31 ans à peine, on trouve un rouleau de cinq mètres peint au XIVe siècle par l'artiste Huang Gongwang, dont la multiplicité des points de vue procurait un sentiment de plénitude. Celui que l'on éprouve également à la découverte de ce film-fleuve tourné sur deux ans et qui décline au rythme des saisons le destin de trois générations d'une famille de Fuyang (interprétée par des non-professionnels, tous d'une rare justesse), qu'il adosse aux ...

À l'origine de Séjour dans les monts Fuchun, le premier long métrage de Gu Xiaogang, cinéaste chinois autodidacte âgé de 31 ans à peine, on trouve un rouleau de cinq mètres peint au XIVe siècle par l'artiste Huang Gongwang, dont la multiplicité des points de vue procurait un sentiment de plénitude. Celui que l'on éprouve également à la découverte de ce film-fleuve tourné sur deux ans et qui décline au rythme des saisons le destin de trois générations d'une famille de Fuyang (interprétée par des non-professionnels, tous d'une rare justesse), qu'il adosse aux mutations de la Chine contemporaine. L'histoire s'ouvre sur une cérémonie: on célèbre les 70 ans d'une matriarche, et toute la famille, ses quatre fils, les belles-filles et les petits-enfants, est réunie dans le restaurant de l'aîné. Un malaise de la jubilaire vient toutefois interrompre les festivités, la question de sa prise en charge se posant bientôt avec d'autant plus d'acuité que tous se débattent, à des degrés divers, dans des problèmes financiers... Son cadre ainsi posé, Séjour dans les monts Fuchun va graviter autour de cette fratrie -le restaurateur, un pêcheur, un flambeur et le cadet, quelque peu "absent"- et de son entourage, chronique familiale prenant la mesure intime des bouleversements économiques de la Chine. Une réalité que Gu Xiaogang appréhende avec douceur, pour signer un film choral glissant d'un personnage à l'autre dans un mouvement fluide contrastant avec les secousses agitant leur quotidien. Tout comme, du reste, la nature, filmée dans des couleurs changeantes, offre sa beauté immuable en contrepoint à la frénésie immobilière modifiant le paysage urbain et effaçant le passé par pans entiers - "on a vécu ici 30 ans, ça a été détruit en trois jours", observent le pêcheur et sa femme, fatalistes, face au ballet fracassant des pelleteuses. La vie pourtant continue, dont le pouls épouse le cours du fleuve Fuchun, accompagné dans de magnifiques plans-séquences filmés comme le temps s'écoule. On se laisse ainsi flotter avec bonheur au gré des 150 minutes de cette fresque -le premier volet d'une trilogie dont on attend la suite avec impatience- décomposant et recomposant le paysage familial avec un art consommé du récit, relevé d'un sens discrètement aiguisé de la mise en scène. Soit un premier film aussi ambitieux que parfaitement maîtrisé qui, si l'on pense forcément au cinéma d'un Jia Zhang-ke (Still Life, A Touch of Sin) par les thématiques abordées, consacre la révélation d'un cinéaste majeur. Lequel, par-delà les bouleversements profonds que cerne sa caméra, réussit à imprimer à son film ce qui ressemble à une souveraine sérénité. On en ressort transporté...