Même si la Centrale for contemporary art nous a appris à jeter un regard différent sur le collectionneur, il nous reste un fond de suspicion. Suspect ce goût de l'accumulation derrière lequel on ne peut s'empêcher de flairer du fétichisme. Suspecte cette attitude impérialiste que l'on imagine guidée par le narcissisme et le besoin de distinction sociale. Suspects les ports francs et les attentes spéculatives. Heureusement, il n'en va pas toujours de la sorte. La preuve avec Marion et L. Oster, duo de collectionneurs français dont la sincérité saute aux yeux à la faveur de la nouvelle exposition du Art et marges musée. Leur histoire? C'...

Même si la Centrale for contemporary art nous a appris à jeter un regard différent sur le collectionneur, il nous reste un fond de suspicion. Suspect ce goût de l'accumulation derrière lequel on ne peut s'empêcher de flairer du fétichisme. Suspecte cette attitude impérialiste que l'on imagine guidée par le narcissisme et le besoin de distinction sociale. Suspects les ports francs et les attentes spéculatives. Heureusement, il n'en va pas toujours de la sorte. La preuve avec Marion et L. Oster, duo de collectionneurs français dont la sincérité saute aux yeux à la faveur de la nouvelle exposition du Art et marges musée. Leur histoire? C'est celle d'une galeriste à Paris qui rencontre un homme à la recherche de représentations du Christ en croix. " Il n'y a pas image plus forte que le Christ sur la croix", explique L. Oster. Il n'en faut pas plus pour que ces deux-là se trouvent et unissent les trésors qu'ils ont accumulés chacun de leur côté. Ce joyeux fatras, un bon millier de pièces, est savamment disposé dans leur maison de Lyon. Pour eux, pas question de caisses et de placards remplis jusqu'à la garde, Marion et L. vivent parmi leurs objets, les réagençant sans cesse. " Ce sont vraiment des compagnons de vie. Tous les soirs et même le matin, je regarde et j'ai besoin du regard de l'oeuvre. Ça me fait du bien, ça me rend heureux", ajoute L. Oster. Intransportable cette collection? En théorie, oui. Mais le petit miracle d'un déménagement a rendu possible la présente proposition. Jubilatoire. Tel est le mot qui vient spontanément à l'esprit quand on découvre le rez-de-chaussée du musée de la rue Haute. Et depuis Spinoza, on sait combien la joie est un marqueur fiable pour avancer dans l'existence. L'espace a été aménagé à la façon d'un intérieur. On découvre une chambre à coucher, un salon et une salle à manger faisant place à une table dressée. Cette scénographie domestique est colonisée par des dizaines d'objets -il n'y aurait là que 10% de la collection- en tout genre. Il n'en faut pas plus pour que le regard s'emballe, soit aspiré. Les oeuvres présentées célèbrent avant toute chose un goût qu'aucun a priori ne vient entraver. Marion et L. Oster aiment ce qu'ils aiment, qu'il s'agisse d'art brut à proprement parler, d'objets ethnographiques, de pièces populaires et anonymes glanées en brocante, d'art vaudou, d'ex-voto, de symboles religieux -ainsi des fascinantes "bouteilles de la passion", des flacons contenant une représentation de Jésus sur la croix. Bien sûr, le visiteur averti reconnaîtra ses précieux: Michel Nedjar, Prophet Royal Robertson, Lubo? Plný, Karl Beaudelere ou encore Paul Amar. Sans oublier, une découverte comme Caroline Dahyot, dont une pièce à l'étage permet de mieux comprendre l'approche de "magie blanche". Il reste que s'arrêter sur telle ou telle tête d'affiche n'a ici aucun sens. Ce que l'on retient, c'est l'aller-retour que l'oeil effectue entre une pièce en particulier et l'ensemble. Ce "tout", cet agencement totalisant, qui n'est rien de moins qu'une oeuvre à part entière. L'oeuvre d'une vie. Ou mieux, l'oeuvre de la vie.