Être lanceur d'alerte n'est pas une vocation. On a remarqué avec quel empressement les grosses sociétés, les organismes financiers ou les États (même Barack Obama!) tentent de les faire taire. Mais c'est un devoir lorsque l'on est journaliste. Xavier de Hauteclocque était reporter pour divers journaux français de l'entre-deux-guerres. En tant que germanophile, il effectua plusieurs voyages en...

Être lanceur d'alerte n'est pas une vocation. On a remarqué avec quel empressement les grosses sociétés, les organismes financiers ou les États (même Barack Obama!) tentent de les faire taire. Mais c'est un devoir lorsque l'on est journaliste. Xavier de Hauteclocque était reporter pour divers journaux français de l'entre-deux-guerres. En tant que germanophile, il effectua plusieurs voyages en Allemagne entre 1932 et 1934. Il assista, impuissant, à la montée du nazisme dont il fit des comptes-rendus sous forme d'articles alarmants publiés en France. Proche des renseignements de l'Hexagone, il en fit également part aux autorités. Il ne fut jamais pris au sérieux: la France, comme le reste de l'Europe, ne pouvait imaginer qu'une guerre se préparait. Il publia finalement un livre faisant le récit de son dernier voyage dans lequel il observe, atterré, l'évolution des mentalités depuis son dernier séjour, combien la peur et/ou la résignation ont gagné ses amis et ses contacts sur place. Trop encombrant, il fut assassiné par la Gestapo en 1935. La Tragédie brune est l'adaptation glaçante, mais réussie, en bande dessinée de l'ouvrage éponyme paru en 1934. Oublié, le livre n'a jamais été réédité; il est disponible à présent sous format électronique aux éditions des Arènes. Il est le témoin d'une époque beaucoup plus complexe qu'il n'y paraît, avec une population redevenue fière après l'humiliation de la Grande Guerre et au sortir d'une crise particulièrement dure. Indirectement, il démontre également la situation particulièrement frustrante du crieur dans la nuit que tout le monde refuse d'entendre. Graphiquement, Christophe Gaultier est un caméléon: il adapte son dessin à la période décrite sans abandonner son trait personnel. Il fait le choix d'une ligne claire "épaisse" où les perspectives et les visages grimaçants ne sont pas sans rappeler Otto Dix, autre lanceur d'alerte.