C'est un petit bonus caché en sous-sol que l'on aurait tort de bouder, particulièrement dans une ville comme Mons que l'on sait peu généreuse en galeries -chapeau au BAM qui soutient là une création fragilisée par la crise sanitaire. En dépit du caractère un peu mièvre de son intitulé, cet accrochage qui réunit deux artistes locales constitue un intéressant contrechamp incarné à l'exposition Vision...

C'est un petit bonus caché en sous-sol que l'on aurait tort de bouder, particulièrement dans une ville comme Mons que l'on sait peu généreuse en galeries -chapeau au BAM qui soutient là une création fragilisée par la crise sanitaire. En dépit du caractère un peu mièvre de son intitulé, cet accrochage qui réunit deux artistes locales constitue un intéressant contrechamp incarné à l'exposition Visions multiples consacrée à Roy Lichtenstein. Là où l'Américain s'évertue à disparaître derrière ses oeuvres, Marie Cannella et Laurence Vray déploient un autre credo: " Donner à voir les sentiments qui nous animent personnellement tout en créant un lien universel au travers de cette conscience de soi et du monde qui nous entoure." Ce programme se découvre sous la forme d'un déploiement invasif, avec la photographie en son centre, dont on laisse opérer la poésie sans chercher à démonter les rouages. Qui a fait quoi? Peu importe tant l'ensemble s'agence de manière cohérente. C'est un goût pour la trace, le voile, l'émerveillement éphémère qui lie l'ensemble. Des images, des projections vidéo, des boîtes lumineuses, des cyanotypes... Toute une grammaire visuelle est ici au service d'un propos qui cible l'intime. Il y a les mots aussi. Parfois, ils percent le coeur à la façon d'une flèche, comme par exemple quand ils convoquent Albert Camus (" Au milieu de l'hiver, j'ai découvert en moi un invincible été", une phrase à s'injecter d'urgence). Parfois, c'est plus maladroit comme ce " voyage subtil et sensuel (...), une rencontre avec soi-même". Il reste que ces fragments du monde, à l'instar de cette toile imprimée d'un héron vu en contre-plongée, témoignent d'une grande générosité et d'un vrai courage. Loin du cynisme et de la posture de l'artiste arrogant, La Saveur des sentiments nous invite à croire, le temps de la visite ou davantage, en une certaine beauté du monde.