L'événement a eu lieu le 10 juillet dernier, à la Pace Gallery, à New York. Pendant 6 heures, ad libitum, Jay-Z a exécuté son morceau Picasso Baby, issu de son dernier album Magna Carta Holy Grail. La performance du rappeur en rappelle une autre, celle de Marina Abramovic. Pour The Artist Is Present, l'artiste conceptuelle d'origine yougoslave était restée plus de... 700 heures, assise, silencieuse, dans l'atrium du Moma, le Musée d'art moderne new-yorkais. Chaque visiteur avait la possibilité de s'asseoir quelques minutes, face au sourire Mona Lisa d'Abramovic. Pareil pour Jay-Z. Sur la vidéo de Picasso Baby, les invités défilent devant le rappeur en pleine action. Jeunes, vieux, Blancs, Noirs... On en reconnaît certains: Abramovic justement, les réalisateurs Jim Jarmusch, Judd Apatow,... A la fin des 10 minutes du clip, le générique donne le who's who complet: danseurs, désigners, poètes, acteurs, galeristes,... Et même l'historienne de l'art et petite-fille de Pablo, Diana Widmaier Picasso!
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L'événement a eu lieu le 10 juillet dernier, à la Pace Gallery, à New York. Pendant 6 heures, ad libitum, Jay-Z a exécuté son morceau Picasso Baby, issu de son dernier album Magna Carta Holy Grail. La performance du rappeur en rappelle une autre, celle de Marina Abramovic. Pour The Artist Is Present, l'artiste conceptuelle d'origine yougoslave était restée plus de... 700 heures, assise, silencieuse, dans l'atrium du Moma, le Musée d'art moderne new-yorkais. Chaque visiteur avait la possibilité de s'asseoir quelques minutes, face au sourire Mona Lisa d'Abramovic. Pareil pour Jay-Z. Sur la vidéo de Picasso Baby, les invités défilent devant le rappeur en pleine action. Jeunes, vieux, Blancs, Noirs... On en reconnaît certains: Abramovic justement, les réalisateurs Jim Jarmusch, Judd Apatow,... A la fin des 10 minutes du clip, le générique donne le who's who complet: danseurs, désigners, poètes, acteurs, galeristes,... Et même l'historienne de l'art et petite-fille de Pablo, Diana Widmaier Picasso! Ultime clin d'oeil d'un morceau qui aligne les références artistiques (lire ci-contre). Ce n'est pas la première fois que Jay-Z picore dans la sphère de la "haute" culture. Une manière de donner de la valeur à une musique toujours coincée entre street credibility et soif de légitimation? Sur la pochette de son dernier album, pas de poses glamour, ni même la tête du rappeur superstar. Pour Magna Carta Holy Grail, Jay-Z est allé rechercher une sculpture du XVIe siècle de Battista di Domenico Lorenzi, Alphée et Aréthuse. Il enfonce le clou: l'artwork a été exposé pendant un mois à la cathédrale de Salisbury, en Angleterre, à côté de l'un des quatre derniers exemplaires de la Magna Carta, charte des libertés, rédigée au XIIIe siècle... Tout ça pour un album de hip hop? Oui, même si ce n'est pas n'importe lequel. Jay-Z est l'un des patrons du rap. Plus encore: un élément central de la culture pop actuelle, performer, entertainer, homme d'affaires multimillionnaire. En cela, le "grand" art est aussi là pour asseoir sa position dominante. Il est cependant loin d'être le premier à piocher dans les catalogues des musées et des galeries branchées. Des Beatles à la pochette du dernier Arcade Fire, les liens ont été constants. Pas forcément de manière unilatérale. Si la pop cherche une caution culturelle auprès des arts "nobles", ces derniers viennent aussi régulièrement s'encanailler, lorgnant vers les derniers excentriques des hit-parades. Exemple: Lady Gaga, qui fraie avec Marina Abramovic ou le plasticien Jeff Koons, qui a réalisé la pochette de son nouvel album. Prévu pour le 8 novembre, il est intitulé... Artpop. Son ambition: proposer une version "inversée de la formule de Warhol"... Evidemment, le prestige des musées ne sert pas qu'à donner de l'épaisseur aux têtes de charts. Il fait aussi office d'argument bling bling. La crise a frappé tout le monde? Pas le marché de l'art. Quand Jay-Z aligne les références dans Picasso Baby, c'est comme s'il s'éventait avec des billets de 100 dollars. Il est d'ailleurs le premier à s'en rendre compte dans un titre qui dépasse le simple étalage de nouveau riche. Elevé par une mère célibataire dans une HLM de Bed-Stuy (Brooklyn), Shawn Carter de son vrai nom a dealé du crack, s'est fait tirer trois fois dessus... Aujourd'hui, il mène la grande vie, côtoyant aussi bien Obama que Warren Buffett. Pourtant, cela ne l'empêche pas, dans la 2e partie de Picasso Baby, de rester lucide. Voire amer ("mes droits ne vaudront pas grand-chose face aux flics"). L'ex-"gangster" conclut le morceau: "I'm the modern-day Pablo". Escobar? "Picasso, baby", ponctue-t-il pour ceux qui en douteraient encore... JAY Z, MAGNA CARTA HOLY GRAIL, DISTR. UNIVERSAL. EN CONCERT LE 21/10, AU SPORTPALEIS, ANVERS. Lyrics "I just want a Picasso, in my casa/ No, my castle" Peintre espagnol (1881-1973). Icône artistique du XXe siècle. Certainement le plus souvent cité par Jay-Z. "Les bons artistes copient, les grands artistes volent", disait Picasso, raccord avec l'esprit sample du rap. Lyrics "I wanna Rothko, no I wanna brothel" Peintre américain (1903-1970). Figure essentielle de l'art abstrait, connue notamment pour ses à-plats colorés invitant à la méditation. L'un d'eux pend dans le salon de la famille Carter... Lyrics "Jeff Koons balloons, I just wanna blow up" Plasticien américain (1955). Héritier de Duchamp et du pop art. Détient le record de l'oeuvre la plus chère pour un artiste vivant. Les ballons dont parlent Jay-Z sont les reproductions géantes en métal réalisées par l'artiste.Lyrics "Condos in my condos, I wanna row of" Plasticien américain (1957). Peinture, sculpture, dessin,... Condo a notamment réalisé les cinq pochettes de l'album My Beautiful Dark Twisted Fantasy de Kanye West. Il était également présent lors de la performance de Jay-Z en juillet dernier. Lyrics "It ain't hard to tell/I'm the new Jean-Michel" Peintre-artiste graffiti américain (1960-1988). "La star incontestée de l'art contemporain", titrait encore Le Monde en juillet dernier. Venu du street art, il est aussi celui qui est le plus souvent cité par les rappeurs. Lyrics "Twin Bugattis outside the Art Basel/I just wanna live life colossal" Chaque année, LE rendez-vous incontournable des amateurs d'art contemporain a lieu à Bâle, en Suisse (depuis 2002, l'événement s'exporte aussi à Miami, et aujourd'hui Hong Kong).TEXTE Laurent Hoebrechts