" ...la plus grande oeuvre d'art pour le cosmos tout entier." Alors qu'il donnait, le 16 septembre 2001, une conférence à l'hôtel Atlantic, à Hambourg, le grand compositeur allemand Karlheinz Stockhausen utilisa ces mots pour qualifier l'événement fatal qui avait frappé les États-Unis cinq jours auparavant. La sortie produisit un tollé mondial, déchira la famille du compositeur et conforta la cohorte des...

" ...la plus grande oeuvre d'art pour le cosmos tout entier." Alors qu'il donnait, le 16 septembre 2001, une conférence à l'hôtel Atlantic, à Hambourg, le grand compositeur allemand Karlheinz Stockhausen utilisa ces mots pour qualifier l'événement fatal qui avait frappé les États-Unis cinq jours auparavant. La sortie produisit un tollé mondial, déchira la famille du compositeur et conforta la cohorte des individus qui voyaient dans le nom de Stockhausen le synonyme de "bruit" dans leur mépris pour tout ce qui relevait de la musique contemporaine. Dans un essai aussi étonnant qu'inattendu, le philosophe Lambert Dousson, déjà auteur d'un essai sur Pierre Boulez, ainsi que traducteur de textes de Lydia Goehr, a décidé de prendre au sérieux cette sortie polémique -et de s'interroger sur ce qu'elle dit à la fois de la musique d'aujourd'hui, et du rapport que celle-ci entretient avec la violence. C'est un essai dense, nourri à la fois d'une compréhension profonde de la musique de la seconde moitié du XXe siècle et des enjeux théoriques qui animent aujourd'hui ce qu'on continue à appeler "esthétique". Dans une première partie, plus généalogique, Mousson retrace l'histoire du désir d'anéantissement ayant animé de nombreux compositeurs de la génération de Stockhausen; tandis que, dans une seconde, il se penche sur la manière dont ledit désir nous force à reconsidérer les catégories héritées de philosophie occidentale de l'art. Il revient en particulier sur celle du sublime, souvent utilisée pour décrire la dimension proprement impensable du 11 septembre, malgré qu'il se présentât, pour la plupart des êtres humains, comme une expérience faite devant l'écran d'une télévision. Pour Mousson, parce que Stockhausen conservait encore intact, au début des années 2000, le sens de la destruction dont sa musique s'était fait l'écho, il avait perçu mieux que tout le monde combien c'était le sublime lui-même qui s'était effondré dans la technique de sa représentation. À méditer.