On imagine, un instant, un fan de death metal -ou même de simple metal- attaché sur une chaise dans une pièce seulement garnie d'un système quadriphonique, afin qu'il profite pleinement du son. Impossible pour lui de bouger lorsqu'est lancé le premier des douze morceaux (treize sur le CD) d' Hanazono -comme les autres, titré en langue japonaise. Un sifflement, puis deux, trois, quatre, et l'impression d'un sonar ayant quitté son univers sous-marin: une guitare acoustique rejoint la transmission océanique et puis arrive la voix. Celle d'une femme qu...

On imagine, un instant, un fan de death metal -ou même de simple metal- attaché sur une chaise dans une pièce seulement garnie d'un système quadriphonique, afin qu'il profite pleinement du son. Impossible pour lui de bouger lorsqu'est lancé le premier des douze morceaux (treize sur le CD) d' Hanazono -comme les autres, titré en langue japonaise. Un sifflement, puis deux, trois, quatre, et l'impression d'un sonar ayant quitté son univers sous-marin: une guitare acoustique rejoint la transmission océanique et puis arrive la voix. Celle d'une femme qui semble jeune et perchée au bord d'une falaise. L'anglais chanté s'accroche à des accords simples alors que le background prend un peu plus de place, gonflant légèrement le sifflement premier. Par intermittence seulement. Après deux petites minutes et dix secondes, on en sort hypnotisé. Et l'on constate que le fan de (death) metal a tourné de l'oeil devant la délicatesse de cette drone de musique. Peut-être l'équivalent sonore de l' ikebana, pratique nippone qui conjugue "l'art de faire vivre les fleurs". Avec d'infinies variations, tablant sur les nuances et le sens du beau. Et, plus que tout, le soin accordé au moindre détail dans la configuration d'ensemble. D'autant plus japonais qu' Hanazono signifie " jardin de fleurs".Ainsi en va-t-il du quatrième album de Satomimagae, ex-étudiante en biologie moléculaire à l'Université de Tokyo. Pas de doute que cette trentenaire d'allure garçonne a calibré le biorythme de ses propres compositions: il va d'un tempo lent à de légères accélérations. Toujours dans une sorte d'état perpétuellement filandreux, comme si la musique proposée n'existait qu'à travers des filtres successifs. Ainsi, le mix de la voix dans Kaze, donne l'impression d'écouter un morceau depuis la pièce d'à côté. Moins qu'un murmure, il s'agit d'une plongée en matière gazeuse d'où émergent immanquablement la voix, la guitare acoustique et toute une famille de sons, de bruits, de sensations dronées. Satomimagae -une combinaison de ses nom et prénom- a pris l'habitude d'insérer dans ses morceaux des field recordings. Pas du genre de ceux récoltés par l'ethnomusicologue Alan Lomax mais quand même fidèles à son territoire à elle, le Japon. Ainsi, l'intro de Kouji donne le sentiment d'être un piéton enseveli sous le trafic nocturne de Ghinza, la mélancolie mélodique, autre marque de fabrique de l'artiste, s'extirpant peu à peu de l'environnement urbain. Même sensation d'étrangeté dans Tsuchi, où un crachin morphe en bâton de pluie, cet instrument de la catégorie des idiophones qui donne la sensation de drache bienvenue. Parce que d'évocations oniriques en parfums doux, voilà un disque spleen, certes, mais qui fait du bien.