Ruppert et Mulot ont deux facettes dans leur travail: d'un côté, des expérimentations narratives oubapiennes à L'Association et, de l'autre, des scénarios plus classiques pour des grandes maisons d'édition. C'est le cas de leur nouvel album. Dans un univers pareil au nôtre, les Toutes, créatures extraterrestres nonchalantes, font désormais parti...

Ruppert et Mulot ont deux facettes dans leur travail: d'un côté, des expérimentations narratives oubapiennes à L'Association et, de l'autre, des scénarios plus classiques pour des grandes maisons d'édition. C'est le cas de leur nouvel album. Dans un univers pareil au nôtre, les Toutes, créatures extraterrestres nonchalantes, font désormais partie du paysage. Leurs formes sont changeantes et ressemblent à des installations d'art contemporain. De prime abord inoffensives, certaines peuvent pour une raison inconnue se montrer agressives. Orsay, lycéen de province, en fait les frais: à la suite d'une altercation avec un Toute particulièrement remuant, Orsay perd le contrôle de ses mains, qui se mettent à changer de forme continuellement. Voulant comprendre ce qui lui arrive, il monte à la capitale et fait la connaissance d'autres mutants. Outre les expérimentions graphiques, ce qui excite notre couple d'auteurs, ce sont les relations alambiquées -généralement poussées à l'extrême- entre les gens, mais cette fois point de non-sens hormis la présence des Toutes. Ruppert et Mulot ne s'embarrassent pas d'explications à ce stade du récit, elles viendront sans doute avec le tome 2. Ils s'intéressent plutôt aux jeux de séduction entre adolescents et à leur comportement excessif. Grisés par leurs nouveaux pouvoirs, ces derniers n'hésitent pas à en faire usage contre les adultes qui tentent de les enfermer, de les étudier, voire de les éliminer... Les auteurs réussissent ici le mélange parfait entre l'extraordinaire et le prosaïque. Leurs protagonistes agissent comme des gamins lâchés dans un magasin de bonbons: ils n'ont aucune limite. Pour notre plus grand plaisir.