Janvier 1980: loin des glaviots punk recyclant déjà l'Histoire du rock (The Clash) ou tentant de la réinventer (Talking Heads), Bandits devient la première parution officieuse du label Crammed, lancé pour de vrai l'année suivante. Hollander draine alors son collectif dans le mouvement RIO, Rock In Opposition, coalition (musicale) pan-européenne ciblant la prédominance anglo-saxonne et celle des majors. À son personnel flottant, Aksak ajoute deux Roastbeefs: le bassiste/guitariste Fred Frith -nom prédestiné à la belgitude- et le batteur Chris Cutler. ...

Janvier 1980: loin des glaviots punk recyclant déjà l'Histoire du rock (The Clash) ou tentant de la réinventer (Talking Heads), Bandits devient la première parution officieuse du label Crammed, lancé pour de vrai l'année suivante. Hollander draine alors son collectif dans le mouvement RIO, Rock In Opposition, coalition (musicale) pan-européenne ciblant la prédominance anglo-saxonne et celle des majors. À son personnel flottant, Aksak ajoute deux Roastbeefs: le bassiste/guitariste Fred Frith -nom prédestiné à la belgitude- et le batteur Chris Cutler. Issus d'Henry Cow et Art Bears, formations d'avant-rock mixant free, néo-contemporain, impros et autres pratiques plutôt underground. Bandits est de cette race-là, allant au-delà de tout format littéral. À l'époque, de jeunes mecs comme l'auteur de cette page, calent franchement face à cet héritage d'Albert Ayler, Satie, Miles, Bartok, des fanfares brusseleir revisitées et même de Gardel -si l'on peut un instant imaginer le compositeur argentin mettre sur pied Palmiers en pot (sic), second titre de l'album qui évoque davantage les derniers souffles du Titanic que les bars borgnes de Buenos Aires. Mais en vieillissant, on décrypte mieux les trucs tordus. Aksak reprend ici le foutoir du premier album de 1977 ( Onze danses pour combattre la migraine) que Hollander définissait ainsi il y a deux ans lors de sa réédition: " On faisait du faux pygmée, du faux jazz, du faux tzigane..., aussi parce qu'on n'était pas capables de reproduire ces musiques de façon idiomatique." Sur Bandits, le bouchon est poussé plus loin par une musicalité plus affirmée. La présence des deux Anglais, les tournées mais aussi le violoncelle virtuose de Denis Van Hecke (1951-2012) solidifient les délires, parfois teintés de semence crépusculaire. Il y a donc la voix hystéro de Catherine Jauniaux dans le premier titre qui ressemble à une séance d'hypnose qui tourne mal ( A Modern Lesson), le vice de forme jazzyfiant de Geistige Nacht et l'orientalisme sépulcral d' I viaggi... Avec une propension aux sensations physiques qui sortent les musiques de leur seule cérébralité. Le comble est atteint dans la face B de la réédition -on est en vinyle-, long hommage foldingue au Festival International du cinéma expérimental de Knokke, avec musique concrète, cuivres mélancoliques, drones et dissonances. Ces dernières, pas mal présentes sur l'album bonus qui fait penser aux BO des dramatiques seventies de ce qui s'appelait encore la RTB. Entre anticipation tendue et papiers peints tout blues. Pas la musique mais le spleen à la belge.