Aussi incroyable que cela puisse paraître à l'heure où Hollywood produit des biographies en veux-tu en voilà, Martin Luther King, leader historique du mouvement pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis, et figure emblématique du XXe siècle, n'avait jamais fait l'objet d'un biopic. Quarante-sept ans après sa mort -il devait être assassiné le 4 avril 1968 à Memphis, à l'approche de la quarantaine-, Selma, le film d'Ava DuVernay, vient donc combler un trou béant. Et cela, en s'attachant à un épisode particulier de son parcours, lorsque, en 1965, King allait s'engager corps et âme dans le combat non-violent pour l'adoption du Voting Rights Act garantissant le droit de vote pour tous; une lutte âpre, réprimée dans le sang, dont le point d'orgue serait l'organisation d'une marche pacifique devant rallier Selma à Montgomery, en Alabama. "On me demande souvent pourquoi il n'y avait pas eu de film sur le pasteur King auparavant, entame Ava DuVernay, réalisatrice à l'enthousiasme fiévreux. Et c'est difficile à dire. Bien sûr, les droits sur ses discours étaient cadenassés, et il y avait divers problèmes techniques. Mais je pense surtout que les films mettant en scène des personnalités noires ne figurent pas parmi les priorités des studios. Au moment d'adopter la liste des projets qu'ils vont financer, leurs dirigeants ne se disent pas: "Vous savez quoi? On va tourner un film sur cette importante personnalité afro-américaine ayant lutté pour la liberté." Il...