En 1982, John Carpenter signe avec The Thing, joyau de SF horrifique nihiliste et désenchanté, ce qui est appelé à rester comme son chef-d'oeuvre absolu. Victime collatérale du succès phénoménal du très optimiste E.T., ce fascinant sommet de terreur alien honteusement boudé par la critique ne trouve, à l'époque, absolument pas son public. Fragilisé par cet échec aussi cuisant qu'illégitime, le cinéaste américain se rabat alors sur une valeur sûre du moment(1): l'adaptation d'un roman du maître de l'horreur Stephen King. À savoir, en l'occurrence, C...

En 1982, John Carpenter signe avec The Thing, joyau de SF horrifique nihiliste et désenchanté, ce qui est appelé à rester comme son chef-d'oeuvre absolu. Victime collatérale du succès phénoménal du très optimiste E.T., ce fascinant sommet de terreur alien honteusement boudé par la critique ne trouve, à l'époque, absolument pas son public. Fragilisé par cet échec aussi cuisant qu'illégitime, le cinéaste américain se rabat alors sur une valeur sûre du moment(1): l'adaptation d'un roman du maître de l'horreur Stephen King. À savoir, en l'occurrence, Christine, récit d'une obsession transformative, mais surtout dévorante, entre un adolescent mal dans sa peau et sa voiture aux pouvoirs surnaturels, une Plymouth Fury de 1958 particulièrement prédisposée à péter une durite. " Comment tuer ce qui n'est pas vivant?" Cette question éminemment cinématographique, Carpenter, génie du cadre et de la puissance figurative, l'investit avec une intelligence hors pair de mise en scène: rageuse, diablement inventive, elle fait de la cylindrée chromée qui donne son titre au film, bien plus qu'une simple menace, un personnage à part entière. " Cette voiture est une fille", constate très lucidement la jeune étudiante brillante, objet de toutes les convoitises, qui refuse de faire l'amour à l'intérieur duvéhicule. Devant la caméra de Carpenter, le doute n'est ainsi guère permis: Christine renvoie inlassablement à une figure féminine harcelée, tripotée, abusée même, mais bien décidée à ne pas se laisser faire. Travaillant avec une belle ambiguïté à la tension diffuse le motif d'un brûlant désir consumériste qui cible autant les choses que les êtres, le réalisateur fait de ce qui ne devait être à la base qu'une simple oeuvre de commande un grand film sur la passion malade et les tourments adolescents -la frustration sexuelle en tête, omniprésente en sous-texte. Proposé en nouvelle restauration 4K Ultra HD, Blu-ray ou DVD, le film s'accompagne de passionnants suppléments (commentaire audio, making of, scènes coupées, conversation avec John Carpenter) mais aussi d'un livre inédit de 200 pages agrémenté de 50 photos d'archives exclusives. Idéalement nommé Plus furieuse que l'enfer, il est signé Lee Gambin, historien du cinéma et auteur australien qui soulève le capot de cette oeuvre phare de la filmographie carpenterienne pour en analyser chaque rouage avec un soin maniaque, contribuant ainsi à faire de ce coffret ultra collector un obscur objet du désir en soi. Gare à l'obsession...