Michael Fassbender
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Michael Fassbender FISH TANK D'ANDREA ARNOLD; A DANGEROUS METHOD DE DAVID CRONENBERG; SHAME DE STEVE MCQUEEN. DIST: TWIN PICS. 9 C'est là assurément l'un des visages les plus passionnants à avoir émergé dans le paysage cinématographique de ces dix dernières années. Acteur germano-irlandais révélé en 2008 par le percutant Hunger de Steve McQueen, avant de confirmer chez James Watkins (Eden Lake) et Quentin Tarantino (Inglourious Basterds), Michael Fassbender n'a en effet cessé depuis lors d'enchaîner les rôles forts dans des films qui ne le sont pas moins. La preuve, limpide, avec la sortie de ce coffret compilant trois oeuvres essentielles. Fish Tank, d'abord, réalisé en 2009 par l'Anglaise Andrea Arnold (Red Road), chronique la relation complexe, et ambiguë, qui se tisse peu à peu entre Mia (Katie Jarvis, renversante), adolescente rebelle rompue à la rudesse de son environnement, et Connor (Michael Fassbender, désarmant), le nouvel amant de sa mère. Avec sa caméra littéralement rivée aux basques de la jeune fille, Fish Tank, drame brut de décoffrage traversé de stupéfiantes fulgurances poétiques, fascine par son audace et sa radicalité. Le cinéma social britannique à son meilleur, en somme, le film ne manquant pas de rappeler à l'occasion le Rosetta des frères Dardenne... en plus puissant. Et pas seulement parce qu'il a lui aussi été tourné dans l'ordre chronologique -ce que nous apprennent une poignée d'interviews en bonus, où Fassbender parle à juste titre d'un cinéma "intuitif" et "viscéral". S'agissant de A Dangerous Method (2012), deuxième film du box, son réalisateur David Cronenberg évoque pour sa part un "ménage à trois intellectuel" dans la formidable master class livrée en supplément. Et, en effet, cette remontée aux sources de la psychanalyse, qui voit Freud (Viggo Mortensen) puis Jung (Fassbender) et Sabina Spielrein (Keira Knightley) se lancer à tâtons dans l'exploration d'une véritable Terra Incognita -la psyché humaine-, débouche sur un film d'une rare intelligence sensible. Sous l'élégance glacée pointe pourtant le trouble, et avec lui le feu de la passion, entre pulsions de sexe et de mort. Il y aurait en cela beaucoup à dire sur les nombreuses correspondances qu'entretient le film de Cronenberg avec celui de Steve McQueen, Shame, sorti lui aussi en 2012. Soit le portrait sans concession de Brandon, wonder boy accro au sexe ayant trouvé en New York un terrain de chasse à sa mesure, le trentenaire enchaînant, avec un appétit singulièrement mécanique, les aventures d'un soir comme les expériences tarifées, à moins qu'il ne se rabatte sur l'un ou l'autre site porno. Voyage au bout de la nuit et du sexe triste, Shame impressionne durablement, la virtuosité clinique de ses longs plans-séquences, couplée à la bande-son exemplaire de Harry Escott, entraînant une miraculeuse percée de la sphère intime. En bonus, 35 minutes d'entretien avec Steve McQueen. NICOLAS CLÉMENT