Ce fut, à coup sûr, un des principaux chocs du dernier Festival de Cannes. Projeté en ouverture de la Semaine de la Critique, La Guerre est déclarée emmène le spectateur dans l'abîme où plonge un jeune couple dont l'enfant souffre d'une maladie potentiellement fatale. Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm jouent les personnages principaux du film, après l'avoir écrit ensemble, à partie d'une douloureuse expérience personnelle. Et la première réalise, après avoir déjà montré ses promesses de cinéaste avec La Reine des pommes, voici un an. Le résultat est une £uvre prenante au possible, chevillée à ses personnages de manière physique et résonnant de vérités sur la parentalité bien sûr, mais aussi sur la vie de couple et la vie tout court. " L'arrivée d'un enfant est une chose joyeuse, la maladie qui frappe cet enfant est une chose terrible, mais l'un comme l'autre font partie de la vie, et tout ce que nous vivons nous épaissit, nous fait grandir, évoluer, commente Jérémie Elkaïm. Tous les dé...

Ce fut, à coup sûr, un des principaux chocs du dernier Festival de Cannes. Projeté en ouverture de la Semaine de la Critique, La Guerre est déclarée emmène le spectateur dans l'abîme où plonge un jeune couple dont l'enfant souffre d'une maladie potentiellement fatale. Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm jouent les personnages principaux du film, après l'avoir écrit ensemble, à partie d'une douloureuse expérience personnelle. Et la première réalise, après avoir déjà montré ses promesses de cinéaste avec La Reine des pommes, voici un an. Le résultat est une £uvre prenante au possible, chevillée à ses personnages de manière physique et résonnant de vérités sur la parentalité bien sûr, mais aussi sur la vie de couple et la vie tout court. " L'arrivée d'un enfant est une chose joyeuse, la maladie qui frappe cet enfant est une chose terrible, mais l'un comme l'autre font partie de la vie, et tout ce que nous vivons nous épaissit, nous fait grandir, évoluer, commente Jérémie Elkaïm. Tous les désordres successifs qui surviennent nous poussent vers l'avant. Les parents du film ne sont pas dans le sacrifice. Et l'idéologie en est résolument optimiste..." Les auteurs de La Guerre est déclarée ont choisi de montrer, dès le début, que l'enfant survit et guérit, " pour évacuer le suspense, pour ne pas prendre le spectateur en otage émotionnellement", précise Valérie Donzelli. Mais si l'issue heureuse ne nous est pas cachée, le film n'en étreint pas moins pour autant. C'est comme un cri du c£ur, fait dans une urgence qui se communique au spectateur. Le processus cinématographique a pourtant de quoi faire obstacle au pur jaillissement que peut expérimenter un écrivain, un peintre... " Nous voulions absolument cette qualité physique, organique, réagit Elkaïm. Et c'est Valérie, dans sa réalisation, qui a su la porter jusqu'au bout. Elle n'intellectualise pas, elle tourne à l'énergie, dans le danger. Et pas parce que nous avons vécu cette histoire dans la vie réelle, juste à cause d'un intense désir de cinéma. Valérie a l'intelligence des mains, elle est dans la pratique, pas dans la théorie. Elle respire cinéma, elle prend toutes les libertés, elle s'autorise ce que d'autres s'interdisent, et elle le fait dans le plaisir. " Donzelli insistant sur le fait " que le film se situe dans l'action, plus que dans le ressenti: on ne peut pas savoir ce que ressent un si jeune enfant. Et même si c'est lui que touche la maladie, c'est l'aventure vécue par ses parents, par le couple, qui est au c£ur du film. L'identification ne se fait donc pas dans la douleur mais dans la façon qu'ils ont de gérer la situation, de rebondir. Le spectateur du film est pris par cette tension-là, il n'est pas submergé par l'angoisse puisque l'histoire est racontée en flash-back. On sait que le cancer ne gagnera pas cette guerre, on voit l'amour l'emporter. C'est une histoire d'amour, qui commence par un coup de foudre dans un Paris magnifique et qui se poursuit dans l'épreuve que la vie impose. Je trouvais intéressant de montrer qu'après le choc initial et terrible de la nouvelle de la maladie de l'enfant, le combat contre celle-ci devient, sur la longueur, partie du quotidien. Car la vie continue... ". " Et continuer à vivre, c'est continuer à avoir des désirs, de l'humour, à dire des bêtises, à être un peu égoïste!", complète Jérémie Elkaïm. La quasi totalité du film de Valérie Donzelli a été tourné... avec un appareil photo! " Ce choix est venu du fait que nous voulions tourner dans de vrais hôpitaux, et que nous ne voulions donc pas déranger, explique la réalisatrice. L'appareil photo nous permettait d'être très peu nombreux, très discret quand on l'utilise tel quel (toutes les images de la fête foraine sont ainsi "volées", car personne n'avait idée que nous filmions!) et à peine moins quand on y ajoute un objectif de cinéma pour avoir différentes optiques, différentes valeurs de plan. " Pas besoin de s'interrompre (les cartes mémoires permettent de filmer longtemps), pas besoin non plus d'éclairer, même pour les scènes nocturnes, avec cet outil dont le seul défaut est de réduire les possibilités d'étalonnage, vu la compression que subissent les images... " Mais c'était parfait pour un film aussi intime que le nôtre, déclare Jérémie Elkaïm, car nous voulions des images brutes, "rough", et aussi un tournage dénué de cette solennité qui marque les tournages professionnels, avec tous ces rituels comme celui qui fait faire silence avant de lancer la caméra. " Si les images enregistrées étaient, vu le procédé, quasi définitives, leur organisation au montage représentait une étape cruciale. Valérie Donzelli et sa monteuse Pauline Gaillard se sont mises à l'écoute de ce vers quoi tendait la matière rassemblée. " Et le film qui en est sorti est beaucoup plus émouvant que ce que j'avais pensé au départ", avoue la réalisatrice dont le " désir de fiction" s'est ainsi vu satisfait au-delà de ses espérances. " A partir d'une histoire vécue, il fallait créer quelque chose d'universel, conclut-elle, pour ne pas infliger au spectateur ce que Jérémie appelait "un film diapositive de notre vie ", comme ces soirées ennuyeuses que certains imposent à leurs amis au retour des vacances..." l LA GUERRE EST DÉCLARÉE. DE VALÉRIE DONZELLI. AVEC VALÉRIE DONZELLI, JÉRÉMIE ELKAÏM, MICHÈLE MORETTI. 1H40. SORTIE: 31/08. RENCONTRE LOUIS DANVERS