Voilà une dizaine d'années que les frères Josh et Benny Safdie se sont affirmés comme les fers de lance du nouveau cinéma indépendant new-yorkais, les Lenny and the Kids, Heaven Knows What et autre Good Time imposant l'acuité de leur regard comme l'urgence de leur cinéma. Dans ce dernier, les frangins expédiaient Robert Pattinson dans les bas-fonds de New York, cadre d'une cavale électrique sans issue menée tambour battant au son de Oneohtrix Point Never. Deux ans plus tard, Uncut Gems, que l'on peut découvrir aujourd'hui sur Netflix, en apparaît comme le pendan...

Voilà une dizaine d'années que les frères Josh et Benny Safdie se sont affirmés comme les fers de lance du nouveau cinéma indépendant new-yorkais, les Lenny and the Kids, Heaven Knows What et autre Good Time imposant l'acuité de leur regard comme l'urgence de leur cinéma. Dans ce dernier, les frangins expédiaient Robert Pattinson dans les bas-fonds de New York, cadre d'une cavale électrique sans issue menée tambour battant au son de Oneohtrix Point Never. Deux ans plus tard, Uncut Gems, que l'on peut découvrir aujourd'hui sur Netflix, en apparaît comme le pendant inspiré et pas moins survitaminé. Soit quelques (dizaines d')heures dans l'existence d'Howard Ratner (Adam Sandler, impérial en "cousin" de John Turturro), diamantaire juif new-yorkais vivant à du 400 à l'heure, sa logorrhée incessante n'étant jamais que le prolongement d'une activité frénétique le voyant "gérer" ses affaires en même temps qu'il en parie les bénéfices escomptés sur des matchs de basket; entretenir sa maîtresse (et employée) tout en tentant de faire bonne figure auprès de sa femme qui le méprise; remplir diverses obligations non sans procrastiner tant et plus, rythme de vie intenable qui va le conduire au bord du gouffre, ses créanciers étant bien décidés à récupérer leur dû, sans égards pour les moyens. À quoi ce risque-tout devant l'éternel va penser avoir trouvé la parade imparable sous la forme d'une opale en provenance directe d'une mine éthiopienne -un diamant inestimable qui, plutôt que le tirer d'affaire, va l'entraîner dans une spirale d'événements échappant à toute tentative de contrôle. Thriller hautement jubilatoire, Uncut Gems déroule sa mécanique infernale sur le tempo survolté adopté par son protagoniste central. Si l'on s'y perd dans un premier temps, c'est pour être mieux aspiré au coeur trépidant du propos, à l'instar de cette caméra s'enfonçant dans le noyau de la pierre précieuse au son, cette fois encore, de l'électro de Daniel Lopatin. La suite tient de l'expérience cinématographique sans guère d'équivalent, immersion dans le brouillard d'un esprit saturé et dans la réalité d'une ville frémissante dont l'on sait qu'elle ne dort jamais, la photographie de Darius Khondji apportant à l'ensemble une patine idoine. Soit, multipliant les dérapages contrôlés au fil de son scénario malin, un ébouriffant moment de cinéma valant accessoirement à Adam Sandler son meilleur rôle depuis, au bas mot, Punch-Drunk Love. Et une plongée dans un New York interlope n'étant pas sans évoquer le Martin Scorsese (d'ailleurs crédité comme producteur exécutif) de la grande époque, After Hours en particulier. Un diamant brut, dont la vision laisse essoré, secoué, incrédule et enchanté à la fois. Une tuerie...