Rois de l'arcade des années 90, les jeux de rythme ont accompagné la fin de vie de ces lieux de socialisation, au Japon et en Occident. Agiter des maracas sur Samba de Amigo ou danser sur un tapis de Dance Dance Revolution compte donc parmi les us et coutumes disparus du jeu vidéo. Space Channel 5, Vib-Ribbon ou encore PaRappa the Rapper, leurs équivalents pour consoles de salon, les ont suivi dans cette chute. Mais comme en témoigne Everhood, l'idée de soumettre des ressorts ludiques aux pleins pouvoirs d'une partition musicale reste bien vivace.
...

Rois de l'arcade des années 90, les jeux de rythme ont accompagné la fin de vie de ces lieux de socialisation, au Japon et en Occident. Agiter des maracas sur Samba de Amigo ou danser sur un tapis de Dance Dance Revolution compte donc parmi les us et coutumes disparus du jeu vidéo. Space Channel 5, Vib-Ribbon ou encore PaRappa the Rapper, leurs équivalents pour consoles de salon, les ont suivi dans cette chute. Mais comme en témoigne Everhood, l'idée de soumettre des ressorts ludiques aux pleins pouvoirs d'une partition musicale reste bien vivace. D'aucuns comparent Everhood à Undertale, enfant chéri du game indé qui brisait les codes des RPG pour brillamment jouer avec ses restes, en 2016. Mais ce trip orchestré par Chris Nordgren (artiste sur Minecraft: Dungeons) et Jordi Roca (au codage) se rapproche plutôt d'un 140 ou de Thumper dans sa façon de détourner l'idée de jeu de rythme musical. Se présentant comme " une ineffable histoire de moments de vérité divinement indescriptibles", Everhood étale d'abord un univers joyeusement abscons aux airs de conte sous psychotropes. Le gamer y enfile ainsi le chapeau d'un pantin de bois à la recherche de son bras volé. Lutins agressifs, vampire enrhumé, menuisiers monomaniaques... Une galerie de petites crapules -souvent attachantes- vivote dans ses phases exploratoires aux airs d'action RPG. Entre boucles labyrinthiques et chemins cachés, le monde en trompe-l'oeil amplifie la puissance du trip pixelisé. Colonne vertébrale du jeu, ces rencontres se soldent d'un duel musical reprenant les frets défilants de Rock Band et de Guitar Hero. Mais la comparaison s'arrête là. Contrairement à ces derniers, Everhood demande en effet d'éviter les notes arrivant face à son avatar. Ce jeu d'esquive qui se traduit par d'incessants déplacements latéraux doublés de sauts frénétiques ne tourne heureusement jamais en rond. Univers barge oblige, ses joutes se drapent ainsi de mille effets psychés. Rotation à 360 degrés, dédoublement du personnage, défis aux airs de Mario Kart, jeu de tennis... Le gameplay pousse à aller de l'avant pour découvrir ses surprises. Ses nouveaux morceaux aussi. Inutile de préciser que la BO d' Everhood fait taper du pied. Électro façon Daft Punk, smooth jazz, trash metal... Le formidable medley entre en résonance avec le gameplay pluriel du jeu. Notamment lors de passages en bullet hell, où il s'agit d'éviter des missiles, boules de feu et autres projectiles qui inondent l'écran de ballets hypnotiques. L'étonnante cohérence de ces ressorts ludiques se double d'un pixel art 8 bits période ZX Spectrum. Nostalgia ultra, certes, mais pas que. Car ce dépouillement visuel permet surtout de se concentrer sur la musique. De craindre, par exemple, un solo de guitare synonyme de vague d'obstacles insurmontables. Le tout se vit dans une tension délicieuse. Et la musique, éternel parent pauvre du jeu vidéo, d'être réhabilitée...