Sur ses deux premiers albums datés de 2012 et 2015, Lou Doillon réussissait un double tour de force. Une mélancolie virulente, distillée en mélodies pop douées via une voix anglaise de large spectre intime. Le chant est un rien masculin ou alors entre genres, peut-être d'un rauque larynx ayant enfilé des nuits à gauler des cigarettes et des shots avant de mettre une sage robe de fille au matin levant. Chrissie Hynde dans les jolies fêlures. Avec un sens des graves charmant et une ambition d'emblée plus large que, disons, les chansonnettes de Van...

Sur ses deux premiers albums datés de 2012 et 2015, Lou Doillon réussissait un double tour de force. Une mélancolie virulente, distillée en mélodies pop douées via une voix anglaise de large spectre intime. Le chant est un rien masculin ou alors entre genres, peut-être d'un rauque larynx ayant enfilé des nuits à gauler des cigarettes et des shots avant de mettre une sage robe de fille au matin levant. Chrissie Hynde dans les jolies fêlures. Avec un sens des graves charmant et une ambition d'emblée plus large que, disons, les chansonnettes de Vanessa Paradis. Cinématographique est la Lou, symptôme raccord lorsqu'on est la progéniture trentenaire (1982) du cinéaste Jacques Doillon et de l'unique Jane Birkin. S'il n'y avait eu le coup de coeur d'Étienne Daho pour les premières chansons maquettées en guitare-voix -qui l'amènent à produire l'album des débuts, Places-, Doillon Jr. n'aurait pu être que l'une de ces grandes biches de magazine et d'écran, flirtant avec l'underground glamour. Alors que la musique lui va si bien. Pas de doute, ce disque numéro 3 garde un goût pour le spleen endémique: par exemple dans le seul duo de l'album avec Cat Power, le superbe It's You -parabole de soeurs fantomatiques- ou le semi-tempo d' All These Nights. Voire dans Nothings, titre rincé de claviers volatils, avec signature du producteur Benjamin Lebeau (The Shoes), l'un des trois superviseurs sonores d'un disque où toutes les chansons -textes et musiques- sont de Lou . Cette (sur)douée franco-anglaise a choisi de travailler avec deux autres réalisateurs, Dan Levy, moitié de l'excellent The Dø, et le moins connu Nicolas Subréchicot, son claviériste et multi-instrumentiste habituel. Cette triplette augmente la dimension son -clavecins, bruits industriels, gargarismes- de morceaux sous imprégnation de récentes lectures. Lou a donc lu " le journal de Sylvia Plath, les correspondances de la romancière autrichienne Ingeborg Bachmann et de l'écrivain suisse allemand Max Frisch, tous deux amoureux au début des années 1960. Ou encore les mémoires de Simone de Beauvoir". Donc, tout en creusant ce sillon intimistico-féminin qui lui va si bien, Lou emprunte de multiples voies, comme dans la chanson titulaire, le premier single Burn. Ou Too Much. Là, le rythme emprunte des allures funky, voire des ambitions musicales qu'on n'attendait pas forcément -l'imposant Widows aux sons épiques - sans pour autant vulgariser la chanteuse. Une façon de tisser des histoires touchantes, un peu comme la soeur imaginaire que vous allez sans aucun doute retrouver dans les prochaines années, si pas décennies. Au creux des reins comme de l'oreille.