En avril dernier, le Forum des Images parisien consacrait pour la toute première fois de son histoire un festival aux séries TV: Séries Mania. Preuve, si besoin en était encore, de la persistance du boum et du renouvellement en profondeur que connaît la fiction télévisée depuis maintenant une bonne décennie. L'occasion de s'interroger largement sur les codes et méthodes ayant cours dans la création cathodique et, plus particulièrement pour le coup, sur 2 moments clés de l'existence d'une série: sa naissance et sa mort. Soit son pilote et son final.
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En avril dernier, le Forum des Images parisien consacrait pour la toute première fois de son histoire un festival aux séries TV: Séries Mania. Preuve, si besoin en était encore, de la persistance du boum et du renouvellement en profondeur que connaît la fiction télévisée depuis maintenant une bonne décennie. L'occasion de s'interroger largement sur les codes et méthodes ayant cours dans la création cathodique et, plus particulièrement pour le coup, sur 2 moments clés de l'existence d'une série: sa naissance et sa mort. Soit son pilote et son final. S'agissant du premier, Brannon Braga, scénariste de 24 heures chrono et créateur de FlashForward, nous rappelait ainsi: " Pour le pilote d'une série, aux Etats-Unis, vous disposez de beaucoup de temps et de moyens. Le pilote sert à faire forte impression. A en mettre plein la vue. Si vous y parvenez, un second épisode verra le jour... avec un budget et un timing nettement plus limités, donc. " Et d'apprendre ainsi que le budget du pilote de FlashForward avoisinait les 10 millions de dollars, un épisode normal s'en tenant strictement sous la barre des 4 millions. De ces considérations économiques et d'efficacité, le final d'une série, pour sa part, en semble pour ainsi dire exempt. Car si une conclusion réussie garantit sans doute le succès d'un coffret DVD et autres produits dérivés, point d'audience à rendre ou à garder fidèle ici. Au fond, l'enjeu en serait presque essentiellement artistique -à moins que l'on préfère parler de respect du téléspectateur. Toujours est-il que c'est la postérité, rien de moins qui est ici en jeu. Pour quelques-unes négociant à merveille leur sortie de route, combien, en effet, de séries gâchées, discréditées, voire répudiées, faute de n'avoir pas été capables de saluer dignement (exemple typique, parmi mille autres: la fin de The X-Files)? A moins qu'elles n'aient depuis longtemps atteint leur point de non-retour, "sauté par-dessus le requin", selon l'expression consacrée(1). A Paris, Clyde Phillips, showrunner de Dexter durant 4 saisons, nous expliquait ainsi, au moment de laisser, par choix, son poste à quelqu'un d'autre: " Je pense que, comme un pot de crème glacée au supermarché, chaque série possède sa date de péremption. Et qu'il ne faut pas lutter contre ça. S'agissant de Dexter , c'est quelque chose dont on parlait constamment à l'écriture. On se demandait sans cesse: "Combien d'années lui reste-t-il?" Je pense que Lost et 24 heures chrono sont toutes 2 arrivées à leur fin naturelle. C'est le bon moment pour conclure, elles sont à point pour ça. " Avec leurs hauts, leurs bas, 24 heures chrono et, sans doute plus encore, Lost et sa fascinante mythologie ont maintenu, parfois difficilement il est vrai, le cap. Les voici au pied du mur. Une mauvaise chute et les oubliettes de menacer d'apparaître sous leurs pieds. Une révérence digne de l'attente des fans et les portes de l'Histoire de s'ouvrir devant elles. L'heure de vérité, en somme. l (1) "Jumping the shark", référence à cet épisode de Happy Days qui voyait Fonzie faire du ski nautique et sauter au-dessus d'un requin s'ébattant dans un bassin d'eau. épisode unanimement reconnu comme déclencheur d'une irréversible disgrâce pour la série. Textes Myriam Leroy et Nicolas Clément