Le deuxième album de Lucas Harari, trois ans après L'Aimant, déjà chez Sarbacane, démarre sur un petit air du Blow Out de Brian De Palma: Léo, jeune Parisien qui se rêve écrivain mais se réveille chaque jour dans un lavomatique à en nettoyer le sol, y croise par hasard un vague cousin pas sympa et plus vu depuis longtemps qui lui propose de garder, en urgence, sa maison de vacances au bord de la mer. Une villa sur une presqu'île, entre Côte d'Azur et Méditerranée, entourée d'autres demeures, de bagnoles de riches ...

Le deuxième album de Lucas Harari, trois ans après L'Aimant, déjà chez Sarbacane, démarre sur un petit air du Blow Out de Brian De Palma: Léo, jeune Parisien qui se rêve écrivain mais se réveille chaque jour dans un lavomatique à en nettoyer le sol, y croise par hasard un vague cousin pas sympa et plus vu depuis longtemps qui lui propose de garder, en urgence, sa maison de vacances au bord de la mer. Une villa sur une presqu'île, entre Côte d'Azur et Méditerranée, entourée d'autres demeures, de bagnoles de riches et de jeunes filles. Un rêve qui tourne soudain au récit moite, anxiogène et sensuel avec, cette fois, des airs de films eighties comme L'Été en pente douce, L' Été meurtrier ou L'Année des méduses. Léo tombe sous le charme, vénéneux, de sa voisine de villa, la jeune Rose, même pas 18 ans, sauvage et visiblement maltraitée par son beau-père, collectionneur d'art. D'abord voyeur, Léo se transforme peu à peu en témoin, puis en ami, avant de devenir l'un des acteurs principaux des crimes qui se jouent à la fois sous un soleil brûlant et à l'ombre de cette Dernière Rose de l'été: des meurtres ont eu lieu dans ce petit coin de paradis. De jeunes hommes ont disparu. Et la tension monte, en repensant cette fois autant à Hitchcock qu'à Chabrol. Quelle(s) atmosphère(s) que cette Rose aux références très cinématographiques! Un réalisateur branché Nouvelle Vague serait d'ailleurs bien inspiré d'adapter ce polar intimiste qui ne demande sans doute que ça, tant la "néo-ligne claire" du jeune Lucas Harari ne semble être vouée qu'à des objectifs très précis et très cinégéniques: installer des ambiances, manier des atmosphères tantôt sensuelles, tantôt tragiques, exploiter au maximum les décors que l'auteur s'est choisis, et jouer à fond, mais sans beaucoup de mots, sur la tension palpable et n'allant que crescendo dans ce polar étouffant qui prend son temps et la température des lieux. Une narration admirable, mais méritait-elle pour autant ses 29 euros, ses 192 pages et ce grand format luxe dos toilé-papier bouffant dont son éditeur s'est fendu? À la lecture de ce deuxième récit graphique, seulement, de Lucas Harari, on est bien obligé d'admettre que oui, la qualité des couleurs rehaussées au pantone, le formidable grain de ses grandes cases, le temps et l'espace que l'auteur offre encore une fois à ses atmosphères, sans oublier l'impeccable lisibilité de sa ligne claire sophistiquée, font beaucoup voire l'essentiel de l'envoûtement provoqué par cette Dernière Rose avant l'hiver.